CAHIER D’ESPÉRANCE N°970″ Ouverture de NDP de 11h30 à 14h30 « 

Nous sommes invités à cultiver notre liberté intérieure

Xavière, Geneviève Comeau est enseignante au Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris). Co-auteur de Le pari de l’espérance (Lessius 2016), elle nous invite à rester chez nous sans nous laisser confiner intérieurement !

Paru sur croire.com

 Dans la situation liée au Covid-19, nous avons à faire un pari de l’espérance. Comment ? Il faut distinguer l’espoir de l’espérance. L’espoir, c’est espérer quelque chose : « J’espère que le confinement va s’arrêter bientôt, j’espère que je pourrai en sortir saine et sauve… » Le philosophe Gabriel Marcel disait que, dans l’espérance, le verbe espérer se conjugue de manière intransitive : « J’espère. » C’est pourquoi, l’espoir a un objet tandis que l’espérance est plutôt un mouvement. Elle ne se définit pas par son contenu. L’espérance a la capacité de voir ce que l’on ne voit pas encore et qui n’est pas de l’ordre de la prédiction. Elle n’oriente pas vers un futur dont je dessine les contours à l’avance, mais elle ouvre le réel à de nouveaux possibles, à de l’inattendu. C’est un passage.

Que veut dire « ouvrir un passage » dans le concret de ce que nous vivons aujourd’hui ? Cela peut être quelque chose de l’ordre d’un élargissement par rapport à ce qui resserre ou est resserré. Par exemple, dans l’angoisse, nous sommes pris dans un resserrement. Quelque chose nous prend à la gorge. Il y a une étroitesse qui nous attrape. Ouvrir un passage, c’est recevoir un élargissement de notre horizon, de nos relations, de notre solidarité. Je pense à tous ceux qui se sont engagés pour aller porter des courses aux personnes âgées, à ceux qui passent un coup de fil à quelqu’un d’isolé… Le confinement pourrait nous conduire à cette espèce de boule à la gorge qui nous resserre. Mais, habités du sentiment que nous partageons cette solitude avec d’autres, nous ne sommes plus dans l’isolement qui coupe et ferme. La solitude peut être l’occasion d’une communion avec d’autres dans la même situation.

Espérer impliquerait une forme d’action ? Espérer ne veut pas dire que Dieu va tout faire à notre place de manière magique, qu’il suffirait de répéter telle prière pour que tout s’arrange. Ce n’est pas une forme de passivité qui frôlerait la démission. Dieu lui-même compte sur nous, espère en nous. La bonté de Dieu passe par les mains des infirmières, des livreurs, de tous ceux qui prennent soin des autres. Cela nous invite à mobiliser nos capacités sans croire que nous allons y arriver à la force de nos poignets. Espérer en Dieu, c’est avoir conscience que nous ne sommes pas seuls dans ce combat, que Dieu est avec nous. C’est le sens de la maxime de Hevenesi, un jésuite hongrois qui vécut au XVIIe siècle : « Aie foi en Dieu comme si tout le succès des affaires dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets-toi à l’ouvrage comme si tu n’avais rien à faire, et Dieu tout. » Le succès des affaires passe par nos mains, mais dans notre engagement, nous avons aussi à lâcher prise. Mettre notre espérance

en Dieu dans notre situation, ce n’est ni nous lancer tête baissée en pensant que les technologies vont tout résoudre, ni pour nous croyants croire que Dieu va nous protéger. Cela vient travailler nos images de Dieu : est-ce que nous croyons en un Dieu qui nous met à l’abri des épreuves ou est-ce que nous croyons en un Dieu qui ne nous épargne pas les difficultés du chemin mais qui est avec nous ? Nous avons peut-être à passer de l’image d’un Dieu protecteur à celle d’un Dieu du grand large. Le fait que le Christ ait bu la coupe au moment de sa mort nous donne confiance que même la mort ne nous séparera pas de Dieu. En cela, il nous ouvre un passage et nous pouvons marcher à sa suite.

Un passage des évangiles de la résurrection vous parle-t-il plus particulièrement ? Le tombeau vide me parle beaucoup. L’espérance, c’est quand la pierre qui bouche l’avenir est roulée. Le tombeau est vide – ce n’est pas là qu’il faut chercher Jésus – et en même temps il est ouvert. Les femmes au tombeau sont des disciples de la première heure. Elles ont suivi Jésus depuis la Galilée. Elles l’ont accompagné au moment de la Crucifixion : elles étaient là à regarder à distance. Elles ont assisté à l’ensevelissement. Elles ont suivi Jésus jusqu’au bout dans une fidélité incroyable. Quand, le matin, elles viennent voir le tombeau, il y a en elles comme une supplication muette : « Que même la mort ne me sépare pas de toi. » L’ange leur annonce la résurrection de Jésus et les envoie vers les autres. Et c’est alors qu’elles se trouvent en chemin, en route, que leur prière est exaucée : Jésus vient à leur rencontre.

Comment dans la situation de confinement nous laisser envoyer vers cet ailleurs ? Dans nos manières de vivre, il y a sûrement des lieux où nous nous rétrécissons, où nous perdons courage. L’ange nous invite à nous détourner de ces lieux tout en restant dans notre situation de confinement. La liberté extérieure est réduite. C’est le moment de cultiver notre liberté intérieure et d’y être vigilants. Quand je sens que mon horizon intérieur s’assombrit et se rétrécit, ne pas m’y complaire. Résister pour ne pas m’y laisser enfermer. C’est nécessaire tous les jours, et parfois, plusieurs fois par jour. Cette ascèse n’est pas du volontarisme. Il ne s’agit pas d’être crispé mais de demander au Seigneur de nous aider à avoir cette liberté intérieure. L’espérance nous invite à faire un premier pas intérieur avec cette audace confiante qui ouvre dans la mer un passage.

Dans les récits des apparitions de Jésus aux disciples, le Christ leur donne en premier la paix, non la joie. Beaucoup de personnes sont dans la peine aujourd’hui… Oui, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. » J’ai perdu une amie très chère dans ce contexte du Covid-19. Bien sûr, je n’ai pas pu me rendre à son enterrement. Mais j’ai pu assister à sa retransmission par Internet. Le début de la célébration était très difficile à vivre pour moi. Et peu à peu, j’ai senti un apaisement. Le rituel de la liturgie, l’écoute de la Parole de Dieu me donnaient la paix. Dans ce temps de confinement, peut-être que l’espérance est liée à cette paix intérieure donnée pour accepter ce que nous ne pouvons pas changer. Car nous avons aussi à discerner ce que nous ne pouvons pas changer, et ce contre quoi nous devons lutter et résister pour laisser le passage ouvert.

Propos recueillis par Florence Chatel

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En union de prière le mercredi 27 mai à 12h

Prières

Esprit-Saint, comment Te nommer,
Toi qui n’as pas de visage,
Toi qui n’es ni le Père ni le Fils
mais leur amour.
Les mots dont on Te désigne
sont ceux qui m’ont toujours séduit :
Esprit de vérité, Esprit d’amour.
Toi qui les unis en Toi,
donne-moi de chercher à les unir en moi.

Esprit-Saint, Toi qui es
l’inspirateur de tout ce qui commence,
Toi qui donnes la patience
dans les délais et les retards,
Toi qui nous aides à recommencer sans cesse,
Toi qui nous permets de finir,
sois l’hôte invisible,
l’hôte inconnu de toute l’histoire humaine.

Toi qui es la douceur de ce qui est fort
et la force de ce qui est doux,
Toi qui agis dans le secret des profondeurs,
Toi qui sais ce qu’est dans nos cœurs
un espoir déçu, un amour trahi,
une séparation entre ceux qui se sont aimés,
Toi qui as si bien fait ce qui fut fait,
refais ce qui a été défait.

Toi qui es la voix de nos silences,
le gémissement de nos prières,

viens, Esprit Créateur, re-créateur.

Jean Guitton

Apprends-moi, Seigneur, à dire merci…

Merci pour le pain, le vent, la terre et l’eau.
Merci pour la musique et pour le silence.
Merci pour le miracle de chaque nouveau jour.

Merci pour les gestes et les mots de tendresse.
Merci pour les rires et les sourires.
Merci pour tout ce qui m’aide à vivre
malgré les souffrances et les détresses.
Merci à tous ceux que j’aime et qui m’aiment.

Et que ces mille mercis
se transforment en une immense action de grâces
quand je me tourne vers Toi,
la source de toute grâce
et le rocher de ma vie.

Merci pour ton amour sans limite.
Merci pour la paix qui vient de Toi.
Merci pour le pain de l’Eucharistie.
Merci pour la liberté que Tu nous donnes.

Avec mes frères je proclame ta louange
pour notre vie qui est entre tes mains,
pour nos âmes qui Te sont confiées,
pour les bienfaits dont Tu nous combles
et que nous ne savons pas toujours voir.

Dieu bon et miséricordieux,
que ton nom soit béni à jamais.

Jean-Pierre Dubois-Dumée

« Notre Père qui est aux cieux…. »

Que Dieu nous garde et nous bénisse

Amen

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Semaine du 27 mai au 3 juin 202

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