CAHIER D’ESPÉRANCE N°902 : « EN NOVEMBRE A NOTRE DAME DE PENTECÔTE »

EN NOVEMBRE A NOTRE DAME DE PENTECÔTE

En écho aux Conférences de Carême qui ont un caractère plus spirituel, nous souhaitons vous proposer en automne un cycle de conférences:

« Les conférences des Jeudis de Novembre »

Nous souhaitons que ces conférences touchent davantage à la vie professionnelle. A l’image de celles de Carême, elles déclineront un thème qui sera abordé sous différents angles. Cette année :

« Vie professionnelle : lieu d’épreuve et de croissance ? » 

Des personnes qui travaillent à La Défense nous témoignent des difficultés, voire des souffrances auxquelles elles sont confrontées dans leur travail, quand d’autres y ressentent un espace de réalisation de soi. Pour nous éclairer, nous avons sollicité quatre intervenants pour aider chacun, de jeudi en jeudi, (de 12h45 à 14h) à trouver son équilibre au cœur de la vie professionnelle:

08/11/18     « Prévention et qualité de vie. Quel accompagnement pour  les acteurs du monde du travail ? »

Patrick Amar – Président-fondateur du cabinet AXIS MUNDI

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15/11/18      « (Re)découvrons la médecine de l’âme des Pères du désert »

Jean Guilhem Xerri – Psychanalyste et Biologiste

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22/11/18     « Mieux vivre mes relations professionnelles »

Chantal Verzaux – Consultante en RH et Coach

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29/11/18   « Conversions »  Spiritualité et psychologie dans l’épreuve

Père Bernard Marie Geffroy – Aumônier de prison et d’hôpitaux psychiatriques

Venez nombreux! Invitez vos collègues!

Des tracts sont à votre disposition.

Père Hugues Morel d’Arleux, Recteur


Conférence d’Elie SAAD

le jeudi 20 septembre 2018 à Notre-Dame de Pentecôte

360° sous le soleil d’Allah
Vision anthropologique, économique et théologique de l’Islamisme

Cette conférence vient compléter, de manière plus théorique, le roman 360° sous le soleil d’Allah qui met en scène deux principaux personnages fictifs reflétant des situations réelles. C’est un roman à thèse, permettant des dialogues entre des positions et points de vue différents.

Après avoir décrit le phénomène de la fanatisation, Elie Saad nous invite à considérer l’Islamisme et sa détermination dans le contexte économique actuel et dans un contexte théologique où l’Islam lui-même est fragilisé. Puis, il conclut sur les conditions d’un dialogue inter-religieux et cite quelques réponses chrétiennes.

CARACTERISTIQUES DE LA FANATISATION

Dans leur recrutement, les islamistes s’appuient sur une déchirure, par exemple sur une humiliation. Le jeune qui se croit désavantagé, parce que musulman, basculera plus facilement vers l’Islamisme… Puis, pour certains, une nouvelle étape vers la violence : on dit au jeune qu’il a une grande mission à accomplir et qu’il construira ainsi l’Histoire. Evidemment, le djihadiste qui découvre qu’il est en Syrie pour surveiller des axes pour le commerce du pétrole que Daesh vend aux Kurdes, à la Turquie et même à Assad, est déçu, on lui a menti… mais malheureusement sans possibilité de retour en arrière.

Le recrutement s’opère dans différents lieux, d’abord par contact direct, dans les familles qui ont le sens de l’hospitalité, ce qui est important pour celui qui se sent seul, mais aussi par Internet. Enfin, les prisons constituent un lieu important et d’ailleurs symbolique, car tout se passe comme si cela avait lieu sous le contrôle de l’Etat et sans que celui-ci parvienne à l’éviter.

Le terme de radicalisation prête à confusion, s’agissant de jeunes qui cherchent leur identité, cela laisse entendre que l’Islamisme leur donnerait de véritables racines pour la construire. Etymologiquement, mieux vaut parler de fanatique car fanum signifie le temple. Avec fan et idole, nous sommes dans l’idolâtrie.
La fanatisation permet de rester dans le champ religieux et souligne un processus idolâtre : le contraire de ce qu’affirme l’islam. La personne fanatisée est toujours tournée vers l’extérieur, la fanatisation l’empêche de revenir sur elle-même et ce qu’elle a fait. La fanatisation altère le sens moral, la notion de bien et de mal. C’est pourquoi tuer ne pose aucun problème à ceux qui basculent dans la violence. Les islamistes exercent aussi une pression sur les nouveaux convertis pour qu’ils fassent du prosélytisme, sinon ils sont accusés de trahir.

REGARDS SUR L’ISLAMISME

Dans toute religion, quand le dogme prime sur la compassion, nous sommes dans le domaine de l’intégrisme qui prétend intégrer toute la société à la religion, ce qui conduit naturellement au refus , voire à la persécution, de ce qui est différent.

Maurice Merleau-Ponty écrivait : « La conscience métaphysique et morale meurt au contact de l’absolu. » On peut dire que, quand une religion devient un absolu, elle ne laisse plus de place pour la liberté de conscience, plus de place pour l’autre, ni de place pour Dieu.

Dans l’Islamisme violent, il y a une confusion entretenue entre terroriste et martyre, le terroriste est toujours présenté comme un martyre… Le djihadisme est glorifié. Les valeurs sont inversées.

Sur le plan anthropologique, on peut dire que l’homme a trois dimensions (individuelle, sociale et vocationnelle) et que la priorité donnée à l’une de ces dimensions a évolué au fil de l’histoire. Pendant des siècles, la dimension individuelle a été privilégiée : dans le domaine des religions, il s’agissait de sauver son âme. Puis avec l’athéisme, l’homme se retrouve seul face à sa conscience et la dimension sociale devient essentielle, c’est ce que l’on constate dans des idéologies comme le socialisme, le communisme ou encore le nationalisme.

Les islamistes aujourd’hui mettent l’accent sur la dimension vocationnelle : je suis en devenir, appelé à être…, mais en réduisant celle-ci à la quête du paradis, acquise, par excellence, par le martyre.

Les deux premières dimensions sont alors comme écrasées ou instrumentalisées pour glorifier le djihadisme violent.

On ne devrait pas parler d’Islamophobie, mais d’Islamismophobie/ islamistophobie, car ce n’est par l’Islam avec ses pratiques qui nous fait peur, mais l’Islamisme avec ses projets sociopolitiques. 

APPROCHE ECONOMIQUE ET HISTORIQUE / LE RÔLE DU PETROLE

Certains spécialistes affirment qu’en 2040-50, les réserves mondiales de Pétrole seront épuisées, or, sur les 12 premiers pays producteurs, 9 sont arabo-musulmans. Pour les islamistes, il y a donc un enjeu capital qui alimente leur sentiment d’urgence et qui correspond à la vision de la fin de l’Histoire et de la victoire finale de l’Islam.
Ils instrumentalisent la religion, l’économie et l’histoire. Les occidentaux sont ainsi accusés d’avoir dessiné artificiellement les frontières de ces pays et la plupart des gouvernements locaux accusés d’être corrompus et de servir les intérêts de l’Occident. Daesh, de son côté a tenté de s’installer dans des endroits influents : Syrie et Irak d’une part, Lybie, Nigéria d’autre part.

Même si l’Etat Islamique disparait, l’urgence reste toujours perçue comme le moment d’agir. En effet l’Islam se conçoit comme la dernière des religions révélées qui englobe toutes les autres. La fin des temps sera le moment où toutes les nations étant converties, le Christ reviendra pour mourir en musulman. Par ailleurs, on voit augmenter la pression démographique des musulmans en occident, l’Iran a réussi sa Révolution islamique qui est toujours en marche depuis 40 ans, l’Afghanistan est djihadiste et a eu des victoires contre l’Union Soviétique et les Etats-Unis… mais l’arme du pétrole est marquée par une date limite d’utilisation. Le djihadisme violent aura encore des adeptes…

Pour les chiites, la fin du pétrole provoquera l’effondrement de l’Arabie saoudite. Ils récupèrent ainsi leur droit de succession au Prophète Muhammad.  Pour les sunnites, quand l’Islam aura réuni et récupéré les terres musulmanes, il s’attaquera à Israël. 

APPROCHE THEOLOGIQUE DE L’ISLAM

Notons qu’aujourd’hui l’Islamisme progresse sur fond d’Islam morcelé et fragilisé. Il manque en effet à l’Islam une approche systémique qui serait comme son ADN. L’Islam aujourd’hui est une véritable tour de Babel, la pluralité jusqu’à l’antagonisme domine. On voit cela, par exemple, à propos du soi-disant interdit des images et des représentations. Il faut savoir que les caricatures du Prophète, publiées par Charlie Hebdo en février 2006, ont été publiées en octobre 2005 en Egypte sans aucune réaction.

Dans le roman d’Elie Saad, on trouve l’image de la fiole d’encre, puisqu’un personnage rappelle que la parole de Dieu ne peut être entièrement contenue par un texte écrit comme l’affirme le Coran lui-même. Une fiole d’encre suffit pour recopier celui-ci mais l’océan ne suffirait pas à consigner la parole de Dieu… Le retour à cette base est indispensable.  Autre image, celle du Terminus qui serait le Paradis. Or de même que le tramway T2 a longtemps eu son Terminus à La Défense avant qu’il ne soit déplacé, le Paradis est-il le terminus de tout, est-il l’Eternité de Dieu ? Comment concilier l’éternité du paradis avec l’unique éternité de Dieu ? Il y a donc grand besoin d’élaborer une théologie systémique. Pour commencer ces deux chantiers, les théologiens musulmans n’ont malheureusement pas la tâche facile. Ils sont souvent parasités par les Islamistes et leur projet politique… 

LES CONDITIONS D’UN DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Ce dialogue n’est pas une simple amitié ou la recherche d’un consensus ou d’un compromis. Il comporte plusieurs niveaux allant du vivre ensemble, prier ensemble, agir ensemble jusqu’au dialogue théologique. Au niveau théologique, les uns et les autres doivent accepter d’être contestés, sachant que la controverse est essentielle dans le domaine des idées. Pour toutes les étapes de ce dialogue, il est très important d’être vraiment sûr de sa propre foi.

Voir le livre : « Questions de l’Islam et réponses chrétiennes » d’Elie Saad.

REPONSES DU CHRISTIANISME

Le chrétien a soif d’absolu, mais il n’atteint pas l’absolu. Le Christ est à la fois déjà là mais absent ; il nous tire vers lui mais n’est pas objet de possession.

L’amour, n’est pas seulement le propre de la religion chrétienne. Il est la vérité de la vie. On peut vivre sans amour mais dans la tristesse. Jésus veut qu’on choisisse la vie, l’amour donne sens à la vie, il la rend belle et savoureuse. Dieu est amour, c’est aussi la vérité de Dieu. Cet amour ne se réduit pas aux sentiments, mais il est don de soi. Jésus, un absolu d’amour, s’efface pour faire transfigurer l’humain et lui donner toute sa place, dans ce monde et dans la vie éternelle, comme un autre libre, vivant et habité d’une joie profonde. Il se donne mais on ne le saisit pas. Le tombeau est vide.

Compte rendu d’Anne Plauchu



N°902 Semaine du 24 au 31 octobre 2018

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°902au format PDF: 2018 – 902