CAHIER D’ESPÉRANCE N°841: « AYEZ CONFIANCE,… »(Mc6,50)

Le Carême va commencer bientôt et comme tous les ans, à Notre Dame de Pentecôte, nous profitons de ce temps spirituel qui nous est offert par l’Eglise pour en faire aussi un temps de réflexion et d’attention à la société dans laquelle nous vivons. Après avoir réfléchi au « bien commun » en 2015 et à  « la justice » en 2016, nous vous proposons en 2017 de réfléchir sur le thème de  « la confiance ».

Il y a donc déjà quelques mois que ce thème a été choisi. Il apparaît aujourd’hui d’une actualité brûlante et ce ne sont pas les derniers événements que nous venons de vivre, qui vont contredire cette affirmation!

Notre société traverse une crise de confiance qui atteint les institutions mais aussi profondément les individus. « La méfiance, engendrée par la méconnaissance, crée la défiance, puis la haine dans nos sociétés. Je pense qu’il y a aujourd’hui un choix à opérer entre une société de la défiance permanente et généralisée et une société de la confiance » Nous souscrivons pleinement à cette réflexion récente du grand Rabbin Haïm Korsia. Dans leur dernière publication*, les Evêques de France ne disent pas autre chose lorsqu’ils constatent que : « Plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué. Ce qui fonde la vie en société est remis en cause.[..] il semble devenu de plus en plus difficile de se parler, les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n’est jamais très loin »

Comment alors susciter la confiance dans notre société ?
Nos évêques concluent leurs réflexions en posant la question : « Allons-nous continuer à nous désoler, à nous opposer, à ne plus croire à nos capacités, mais aussi à ne plus voir tout ce qui, le plus souvent silencieusement, fait de manière bonne et heureuse la vie de ce pays : le travail bien fait, la disponibilité auprès de ceux qui souffrent, la vie de famille…? Il y a beaucoup de richesse cachée dans les cœurs et de l’espoir qui vient de l’action de beaucoup. Et pour nous chrétiens, il y a l’invincible espérance que nous donne le Christ d’une lumière qui l’emporte sur toutes les obscurités. » Cette lumière que nous chanterons la nuit de Pâques.

Au long de ce Carême, chaque jeudi à 12h45, six conférenciers vont, chacun dans leur domaine, nous faire part de leurs recherches, de leurs réflexions, des expériences qu’ils mettent en œuvre dans leur domaine d’activité : entreprise, familles et couples, associations, Eglise,… pour sortir de cette spirale de la défiance qui ronge notre société.

Le 2 mars, le Père François Boëdec, sj. commentera ce texte des Evêques cité plus haut.

Le 9 mars, Pascale Dupas nous dira comment les écoutants bénévoles de Suicide Ecoute tentent de redonner la parole et une place à ceux qui leur confient leur angoisse et leur détresse.

Le 16 mars, François Asselin, Président de la CPME, nous parlera des PME, du rôle qu’elles jouent au cœur des enjeux de l’industrialisation de notre pays et comment elles sont un lieu qui aide à mettre de la confiance dans la vie au travail.

Le 23 mars, Bénédicte Lucereau, de par son expérience de conseillère conjugale, nous expliquera comment restaurer la confiance au sein des couples qui traversent des crises. Quelle espérance pour les familles?

Le 30 mars, le Père Xavier Chavane, Curé des Mureaux, nous dira comment au cœur de la Vallée industrielle de la Seine, la communauté catholique espère, se développe, se met en relation avec les autres religions pour témoigner sans peur et rencontrer sans crainte.

Le 6 avril, Christine Fisset nous parlera des missionnaires du Rocher qui font le choix d’habiter au cœur des cités pour y tisser des relations de proximité et de confiance avec leurs habitants. 

Venez nombreux les écouter. Parlez-en autour de vous.

Des tracts seront disponibles pour être distribués !

L’Equipe d’Animation Pastorale 

    * «  Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. » Conseil Permanent de la CEF. 16/10/2016 – Cerf


Du Besoin au Désir.

L’Équipe des Coachs Chrétiens qui se réunit à Notre Dame de Pentecôte nous propose une réflexion sur leur métier.

Berdiaev disait: « Si j’ai faim, c’est un fait physique; si mon voisin a faim, c’est un fait moral. » Si le besoin tient de la réalité et qu’il peut être satisfait, le désir est d’une autre essence : essence morale, voire symbolique. Aussi, quand nous sommes confrontés à des réalités physiques, elles ne reflètent bien souvent que la partie émergée de l’iceberg du « Moi ».

Contexte : 

Le contrat tripartite (Coaché – Entreprise – Coach) en est bien souvent le reflet : dysfonctionnement organisationnel, relationnel, prise de pouvoir, préretraite imposée ou départ involontaire.

Il ne s’agit pas de s’appesantir sur ce contexte, mais de revenir à la relation qui nous lie à notre coaché et inversement.

Demande : 

Quelle est la demande ? Sur le papier, il s’agirait pour nous de remédier à une situation défectueuse, voire conflictuelle. Ainsi, grâce à cet accompagnement, nous pourrions y pallier avec le travail de notre coaché, comme une sorte de maïeutique, afin qu’il advienne à ce qu’il est ou plutôt à ce qu’il devrait être selon la norme.

Ce dernier schéma est faux, car la demande est toute autre, même si elle n’est pas stipulée par un écrit contractuel. Le coaché doit d’abord advenir à lui-même. Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons définir le cadre de son existence, de son travail, de sa vie et de ses relations.

Advenir à soi-même, à son moi profond, telle pourrait être la vraie question ou la demande induite.

Voilà une des raisons fondamentales qui nous poussent à demander l’aide de l’Esprit. Qui serions-nous alors pour avoir de telles prérogatives ? Sans Son aide, nous ne sommes rien (je fais référence à notre charte des coachs chrétiens) et nous ne pouvons rien.

Accompagnement : 

Bien souvent, les demandes portent sur l’avoir ou sur le pouvoir, alors qu’il s’agit de l’Être. Elles recouvriraient alors un besoin, une matérialité. Or, l’objet (du besoin) ne peut être finalité. En effet, ce dernier reste relatif, périssable et temporel.

Exemple réel : « Cette nouvelle organisation ne peut me convenir. J’étais déjà N-1 directement rattachée au DG. J’avais alors un certain nombre de responsabilités inhérentes à ma fonction de Directrice. Aujourd’hui, j’ai le même travail, les mêmes responsabilités et je dois en référer au N-2 ! Je me sens rétrogradée. C’est inacceptable.»

C’est typique d’un référentiel de pouvoir, amenant alors la coachée à se dévaloriser pour un besoin de reconnaissance lié au titre et non à ce qu’elle fait, à ce qu’elle est.

Nous devons alors passer du besoin au désir.

La carte de visite « Madame la Directrice… » serait du ressort d’un besoin : besoin d’une reconnaissance liée à un titre, objet ubuesque de l’imaginaire.

Le désir est d’une autre nature. On pense évidement au désir sexuel, au désir de création, au désir du Tout Autre. Le désir, au sens où je l’entends, n’a pas d’objet, (sinon il serait du domaine du besoin). Nous entrons dans le domaine des symboliques où l’Autre n’est jamais atteint et le désir ne fait que se renouveler.

Le désir n’a donc pas de temporalité, puisqu’il va dans le sens. Quel sens je souhaite donner à ma vie aujourd’hui ? Ce n’est donc pas un titre ou un objet déterminé, réel ou imaginaire, c’est un « fil rouge » qui va sous-tendre mon action conformément à mon unité profonde (cf. Viktor Frankl—Le Dieu Inconscient).

Voilà ce que nous allons essayer de mettre en place : un cheminement vers soi. Par un travail de relecture, d’approfondissement de son « Moi », de ses expériences, de ses souffrances, de ses peurs, de ses évitements, nous allons balayer ses séquences de vie sans oublier ses joies et ses ivresses ; voir ce qui la fait avancer pour « devenir ce qu’elle est ». C’est un enjeu magnifique que d’arriver à connaître son vrai désir pour entrer en conformité entre : ce je suis et celui que je voudrais être.

L’élection du coach (au sens de Saint Ignace) ne serait-elle pas alors de faire advenir à eux-mêmes les personnes qu’il accompagne en retrouvant le désir de leur « Moi » profond ?

Jean-Philippe Albahary

Coach – Superviseur


Echo d’une Exposition

On ne sort pas indemne de cette exposition, sous-titrée « A pas de géant vers l’éternité »,Elle  présente des photographies de jeunes martyrs chrétiens.

« La religion chrétienne est la religion des visages »  disait Olivier Clément ; oui, et plus particulièrement des regards habités par une lumière venue de l’au-delà. Ces regards sont des témoignages qui interpellent plus que toutes les homélies.

On est d’abord saisi par la gravité d’un  regard qui nous  réprimande  chez une enfant qui n’a que  sept ans : Jacinta a vu l’enfer lors de  la troisième apparition de Fatima ! La même gravité brûle dans le regard de Pier Giorgio Frassati.

Heureusement, les  photos de Diez y Bastos de Molina et de Puri Pedro présentent deux visages rayonnant de la joie de la Grâce. Le visage de Etty Hillesum exprime une douce miséricorde et celui, stupéfiant, de Maria Tuci, torturée, la consternation de l’innocence victime du Mal.

Le regard de Fahti Baladi surmonte le voile de  mélancolie de ceux qui sont marqués par le pressentiment d’une mort précoce.

Le destin tragique des victimes chrétiennes de l’empire du Mal leur ouvre l’éternité :

« Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont ils et d’où viennent ils ? Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve, ils ont lavé  leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau … Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ».  ( Ap 7, 13)

Jean-Paul Lannegrace


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 N°841 Semaine du 22 février au 01 mars 2017

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°841 au format PDF : 2017 – 841