Ce groupe est issu du Forum “Déontologie” qui s’est tenu en 2003 à Notre Dame de Pentecôte. Il réfléchit sur l’éthique en entreprise.
Sa première tâche est de préciser :
- Le champ, les sources et les instances de la déontologie en entreprise.
- Les objectifs, l’esprit des diverses chartes éthiques. Doivent-elles ou non entraîner des sanctions ? Comment “franciser” et dans quels cas utiliser la pratique du “whistle blowing” américaine (devoir de signalement) ?
Sa composition : L’équipe se compose actuellement de 8 personnes. Elle se réunit pour un déjeuner par mois et accueille volontiers de nouveaux membres.
Si vous êtes intéressé, contactez Jean-Paul Lannegrace au 06 11 28 10 99 ou par mail jp.lannegrace@wanadoo.fr
Le manager chrétien face à l’idéologie Woke
Un aperçu
Les entreprises ont affaire à des minorités Woke très militantes parmi leurs actionnaires, parmi leurs clients et leur personnel en particulier jeune.
– L’idéologie Woke consiste à privilégier les catégories brimées : femmes, colonisés, blacks, LGBTQ+…
– L’entreprise doit préparer le personnel à appliquer les lois concernant ces catégories :
Loi du 16/11/2002 contre leur discrimination, loi du 30/12/2004 (titre III) sanctionnant les propos à leur encontre
L’art. 1132 1 du code du travail qui interdit la discrimination directe (usage d’un critère illicite dans tout acte de gestion du personnel) et la discrimination indirecte : une situation de fait.
Mais l’art.225.1 du code pénal interdit la prise en compte de 15 cas, dont la race, le sexe, le genre, l’orientation sexuelle … de sorte que les blancs, les hommes, les hétérosexuels ne doivent pas être discriminés, contrairement aux requêtes « réparatrices » des Woke!
– Par des publicités de blacks, arc-en -ciel etc…certaines entreprises promeuvent l’idéologie Woke pensant ainsi améliorer leur image, être pour le progrès et agir pour la RSE.
– Les « valeurs d’entreprise » seront rejetées en tant que « stéréotypes patriarcaux » par les militants Woke mais pas par tous leurs sympathisants si la charte éthique n’attaque pas le Wokisme.
Christianisme et Wokisme :
Ils s’accordent sur le souci des défavorisés à l’exemple du Christ et sur la préservation de la nature
Ils sont en désaccord sur l’objectif Woke que les dominés deviennent dominants.
Désaccord aussi sur l’intolérance des Woke qui refusent tout débat avec ceux qui appartiennent, même sans en être conscients, au « camp du mal ».
Désaccord sur la recherche de la vérité, la parole n’étant pour les Woke qu’un outil de domination (Foucault, Bourdieu)
Désaccord sur les valeurs vues comme des « stéréotypes patriarcaux à déconstruire » (Derrida)
Principes républicains et wokisme :
Ils sont en désaccord sur la censure par les Woke de la liberté d’expression, sur leur refus de l’égalité devant la loi, sur leur refus de la tolérance.
Comment agir, en entreprise ?
L’attitude de l’entreprise à l’égard du Wokisme peut s’inspirer de son attitude à l’égard du « fait religieux ».
Voir comment s’adresser à la majorité silencieuse : le respect des minorités ne doit pas leur donner autant de pouvoir qu’à la majorité.
On peut choisir d’inscrire dans la charte éthique (affichée à l’embauche et sur le site de l’entreprise) des engagements limités de l’entreprise sur des convictions des Woke, comme :
. Inclusion de minorités socialement défavorisées
. Discrimination positive à l’embauche et en promotion des femmes et des catégories
défavorisées, mais sous réserve d’aptitudes approchantes au poste.
. Effort de discrimination positive en formation visant à l’égalité des chances …
G.Catton, JP Lannegrace, J.Ragot, A.Sebaux
(Membres de l’équipe éthique d’entreprise de N.D de Pentecôte)
Initiatives sociales coûteuses pour l’entreprise
On oublie l’éthique dès qu’elle coûte ! La présente note tente de répondre à cette critique de stagiaires d’HEC en entreprise.
Quelles sont les actions sociales coûteuses pour l’entreprise ?
Nous distinguons (typologie de Gérard Catton ) :
– Les dépenses sociales obligatoires ou imposées par la loi.
– Les dépenses sociales améliorant au-contraire le résultat à court terme
– Les dépenses qui pourraient légalement être externalisées
– Les dépenses à caractère d’investissement
– Les autres dépenses réellement gratuites, sinon gestion de l’image.
1- Dépenses sociales imposées par la loi :
– Embauches de handicapés. Mais on peut y substituer le financement d’AGEFIPH. C’est une façon de rendre le cœur présent en entreprise. Promues par les jeux Paralympiques.
– Restauration de l’environnement, et en particulier dépollution des terrains, en vue de leur réhabilitation (« renaturation » ou rétablissement d’un habitat) Principe pollueur-payeur.
– Mesures de la loi Pacte et surtout de la récente directive européenne CSRD applicable aux grandes entreprises françaises dès 2025.
2- Dépenses sociales améliorant le résultat à court terme :
– Éventail réduit des salaires : réduction des rémunérations excessives profitable pour l’entreprise ! Acte de justice qui accroit la cohésion. Performance collective vs. performance individuelle …
3- Dépenses qui pourraient être légalement externalisées :
– Reclassement de tout collaborateur licencié.
– Licenciement collectif : Garder les « bras cassés » non reclassables
– Investissements dans les PVD où l’entreprise travaille : générosité du niveau de la part de la valeur ajoutée laissée dans le pays.
4- Dépenses ou choix d’organisation à caractère d’investissement :
Dépenses:
– Gestion santé, prévoyance, assurances réellement complémentaires, gardiennage :
recherche de motivation et de fidélité du personnel.
– Abondement d’actionnariat salarié. Bloqué 5 ans : effet de fidélité
– Dépenses d’ergonomie pour réduction de la pénibilité des postes.
Organisation:
– Temps gratuit du manager pour s’intéresser aux problèmes individuels. Empathie naturelle pour un manager, mais aussi investissement dans la motivation.
Exemple : lors de l’entretien individuel, la question : “Qu’est ce qui va bien ? Qu’est ce qui va mal ? “
– Temps gratuits du personnel pour convivialité, créativité. Pertes de ces effets dans le télétravail.
Aux USA pas de séparation des lieux de travail et de détente, mais rien que des paroles de travail pendant le temps de travail. Durée optimale du “temps de machine à café”?
L’entreprise lieu d’humanisation par les relations.
– Équilibre efficacité/humanité dans les primes et promotions (Diagramme de cotation GE efficacité / valeurs.) Investissement visant l’efficacité d’équipe.
– Dépenses d’ergonomie pour réduction de la pénibilité des postes.
– Partage d’information, transparence jusqu’où ? :
Aux USA, aucune rétention d’information utile à l’équipe.
Cas d’ “All employee meeting” avant inflexion stratégique.
En France généralisation de la participation de tous à la vision de l’entreprise à long terme. Mais pas dans le cas de décisions radicales comme fermetures, fusions…
– Participation aux objectif propres de chaque unité.
– Prise du risque de la subsidiarité : pour l’entreprise les fautes par incompétence ou inexpérience seront inférieures aux bénéfices des initiatives qui au surplus donnent sens au travail.
– Offres de passages de CDD en CDI. Ils leur permettent de se loger. Pour l’entreprise, plus de prime de précarité mais moindre adaptabilité car difficulté et coût du licenciement d’un CDI. . (Toutefois, aujourd’hui de plus en plus de travailleurs préfèrent aller de CDD en CDD pour bénéficier de leur « droit au chômage » !).
–– Horaires souples : Efficacité individuelle, mais efficacité d’équipe ?
NB: dans les 12 cas ci-dessus le “retour” de ces investissements n’est pas garanti:
il repose sur une reconnaissance naturelle des bénéficiaires (du type “anthropologie du don” de Marcel Mauss) et court donc le risque de l’ingratitude qui leur maintient un caractère de gratuité
5- Les autres dépenses réellement gratuites, sinon gestion de l’image :
– Soutien financier et/ou commercial à la création individuelle de start-ups.
– Le coaching est un investissement s’il a pour but une promotion interne, mais il est gratuit si c’est pour une externalisation de l’intéressé.
– Design des produits : durabilité, maintenabilité, recyclabilité : la prise en compte de ces éléments, avec ses conséquences positives sur les plans écologique et humanitaire. Tout cela est souvent contré dans une vision court-terme de profitabilité de l’entreprise et non de Bien commun. C’est là un cas de gratuité très important.
– Délocalisations seulement partielles
– Actions de mécénat :
Cas de Bertrand Collomb obtenant en AG l’approbation par les consciences individuelles des actionnaires du financement par Lafarge de la lutte contre le sida en Afrique du Sud…
La contestation pour conflit d’intérêt est maintenant contournée par la création par l’entreprise de Fondations à objet artistique ou humanitaire. Niveau et modalité de leur financement par l’entreprise ? Leur objet reste spécifique, ainsi, pour Total, l’insertion professionnelle.
– Justes prix de ventes et d’achats (Win Win et non Win Loss) Pas de prédation. Exemple de la répartition des marges dans la chaine alimentaire …Cas très important.
NB: Initiatives gratuites chez Michelin:
– Salaire minimum supérieur au SMIC : Clermont Ferrand :1,2 fois le SMIC Paris:2 fois; Hong Kong :5 fois etc…
– Licenciement collectif : Suivi 5 ans des personnels licenciés avec compensation si salaire trouvé inférieur
– Financement d’autres activités pour maintien de l’emploi dans le bassin d’emploi.
Gérard Catton, Jean-Paul Lannegrace, Jean Ragot, Antoine Sebaux,
membres de l’équipe Éthique d’Entreprise de Notre Dame de Pentecôte