CAHIER D’ESPERANCE N°980

Le père Fabre nous a alors guidés dans une réflexion perssonnelle

Qu’avons-nous  vécu  d’agréable / de pénible ? Qu’est-ce qui a changé en nous depuis le  confinement ?   C’est à ces questions que nous avons réfléchi silencieusement, convoquant nos souvenirs qui, pour certains, nous paraissaient déjà étrangement lointains.

Un échange à trois a permis de souligner que le rapport au temps avait été modifié pendant ces deux mois, comme libéré. Le rythme du monde s’étant ralenti, certains d’entre nous ont pu prendre le temps de s’arrêter, d’être à l’écoute des autres, de vivre un compagnonnage avec le Seigneur, de prier, de suivre la messe du Pape à 7h, avant le télétravail. Pour d’autres temps familial et temps professionnel se sont bousculé, superposé.

Beaucoup ont parlé de la relation aux autres : absence, éloignement, solitude et fragilité mais aussi renforcement de liens amicaux et familiaux, plus grande communication, voire réconciliation. La solidarité a pu se manifester de manière toute simple. Mais il a ensuite fallu parfois une certaine audace pour renouer des relations modifiées par l’absence.

Face aux mêmes réalités, nos perceptions parfois divergent : pour certains le printemps a été volé, pour d’autres on entendait mieux les oiseaux et on a pu profiter de la beauté du printemps.

Nous nous sommes sentis hébétés, déphasés, impuissants à aider. La manière dont la COVID était médiatisée a été mal vécue.

Pour l’avenir, entre autres interrogations, nous avons noté, l’importance de conserver notre liberté et notre responsabilité.

Les événements nous appellent également à des efforts en matière d’innovation et tout particulièrement à entrer davantage dans un mouvement de transition : numérique, écologique etc.

Au-delà de ce qui ressort de nos échanges du 1er octobre (auxquels chacun, chacune  présent ou absent ce jour-là pourrait  ajouter des éléments) comment et pourquoi relire ?

Nous avons simplement pris le temps de parler entre nous de ce que nous avons vécu, comme les disciples d’Emmaüs. Pour reprendre les termes de Jean-Luc Fabre : « parler de ce que nous avions envie de partager, laisser la parole de l’autre me toucher, et ainsi laisser venir dans l’échange fraternel ce vers quoi cela nous appelle …»

En effet,de personnel, d’intérieur, le mouvement est devenu communautaire ; nous avons partagé fraternellement avec des personnes que nous connaissions, ou pas. Puis ce que nous avons échangé a été  reformulé à tous sous forme de post-it de couleur avec des « mots clés ».

Mais il ne s’agissait pas ou pas seulement d’un « groupe de parole » fût-il libérateur.

Nous avons certes vécu un temps de parole, mais surtout un temps d’écoute, d’écoute du proche et aussi d’écoute du monde. A travers nous, « l’Eglise se met à l’écoute du monde pour pouvoir converser avec lui et, pour cela, commence à le faire en son sein, en apprenant ainsi à écouter les signes de l’Esprit » (JL Fabre)  

Préparation de ce temps partagé : Alain Brunelle 

Notes d’Anne Plauchu.

 » Succés, pouvoir,argent,voilà les grandes idoles! »

 souligne le pape François lors de l’audience
générale du 8 août 2018.

Texte original italien dans l’Osservatore Romano du 9 août 2018. 

Traduction de Sophie Lafon d’Alessandro.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous continuons aujourd’hui à méditer le Décalogue, en approfondissant le thème de l’idolâtrie, dont nous avons parlé la semaine dernière. Nous reprenons maintenant cet thème car c’est important de le connaître.
Et, pour cela, nous partons de l’idole par excellence, le veau d’or, dont parle le livre de l’Exode (32, 1-8) – nous venons d’en écouter un extrait. Cet épisode a un contexte bien précis : le désert, où le peuple attend Moïse, qui est monté sur la montagne pour recevoir les instructions de Dieu.

Qu’est-ce que le désert ? C’est un lieu où  règnent la précarité et l’insécurité – dans le désert il n’y a rien – où manquent l’eau, la nourriture et de quoi s’abriter. Le désert est une image de la vie humaine, dont la condition est incertaine et qui ne possède pas de garanties inviolables. Cette insécurité crée chez l’homme des angoisses primaires, que Jésus mentionne dans l’Évangile : « Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? avec quoi nous habiller ? » (Mt 6, 31). Voilà les craintes primordiales. Et le désert suscite ces inquiétudes.

Or, dans ce désert, quelque chose se passe qui déclenche l’idolâtrie. « Moïse tardait à descendre de la montagne » (Ex 32, 1). Il y est resté 40 jours et les gens perdaient  patience. Il manque le point de repère qui est Moïse : le leader, le chef, le guide réconfortant, et cela devient insoutenable. Ainsi,
le peuple demande un dieu qui soit visible, voilà le piège dans lequel tombe le peuple, pour pouvoir s’identifier et s’orienter. Ils  dirent donc à Aaron : « Fais-nous un dieu qui aille devant nous ! », fais-nous un chef, fais-nous un leader. La nature humaine, pour fuir la précarité – la précarité, c’est le désert – cherche une religion « à la carte » : si Dieu ne se montre pas, nous nous faisons un dieu sur mesure. « Devant l’idole on ne court pas le risque d’un appel qui fasse sortir de ses propres sécurités, parce que les idoles “ont une bouche et ne parlent pas” (Ps 115, 5). Nous comprenons alors que l’idole est un prétexte pour se placer soi-même au centre de la réalité, dans l’adoration de l’œuvre de ses propres mains » (Lettre encyclique  Lumen fidei, n. 13).

Aaron ne sait pas résister à la demande des gens et crée un veau d’or. Le veau avait un double sens dans l’Ancien Proche-Orient : d’un côté, il représentait la fécondité et l’abondance, et de l’autre, l’énergie et la force. Mais avant tout, il est en or, il symbolise par conséquent la richesse, le succès, le pouvoir et l’argent. Voilà les grandes idoles : le succès, le pouvoir et l’argent. Ce sont les tentations depuis toujours ! Voilà ce qu’est le veau d’or, le symbole de tous les désirs qui donnent l’illusion de la liberté et qui, en revanche, asservissent parce que l’idole  asservit toujours. Elle attire et tu la suis.
Cet attrait du serpent, qui regarde le petit oiseau et le petit oiseau reste immobile et le serpent le prend. Aaron n’a pas su s’opposer.

Or, tout naît de l’incapacité d’avoir surtout confiance en Dieu, de placer en lui nos certitudes, de faire que ce soit lui qui donne une véritable profondeur aux désirs de notre cœur. Cela nous permettrait de supporter jusqu’à nos faiblesses, nos incertitudes ainsi que la précarité. La référence à Dieu nous rend forts dans nos faiblesses, dans l’incertitude et la précarité. Sans la primauté de Dieu, on tombe facilement dans l’idolâtrie et on se contente de maigres réconforts. Voilà qu’il s’agit d’une tentation que nous lisons toujours dans la Bible. Or, pensez bien à cela : libérer le peuple de l’Égypte n’a pas coûté un grand effort à Dieu ; il l’a fait avec des marques de puissance et d’amour. Cependant, le grand travail de Dieu a été celui d’enlever l’Égypte du cœur du peuple, c’est-à-dire d’enlever l’idolâtrie du cœur de son peuple. Et Dieu continue à œuvrer pour  l’enlever de nos cœurs. Voilà le grand travail de Dieu : enlever « cette Égypte » que nous portons à l’intérieur de nous, qui est l’attrait de l’idolâtrie.

Quand on accueille le Dieu de Jésus-Christ, qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous (cf. 2 Cor 8, 9), on découvre alors que reconnaître ses propres faiblesses n’est pas la disgrâce de la vie humaine, mais bien la condition pour s’ouvrir à celui qui est véritablement fort. C’est alors par la porte de la faiblesse qu’entre le salut de Dieu  (cf. 2 Cor 12, 10) ; c’est en vertu de sa propre défaillance que l’homme s’ouvre à la paternité de Dieu. La liberté de l’homme naît de notre capacité à permettre que le vrai Dieu soit l’unique Seigneur. Et cela nous donne la  possibilité d’accepter notre propre fragilité et de refuser les idoles de notre cœur.

Semaine du   14 au  28 octobre

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2020 -980