CAHIER D’ESPÉRANCE N°974″ Le point sur l’actualité à NDP « 

Le point sur l’actualité à NDP

La Maison Notre Dame de Pentecôte ouvre peu à peu ses portes en tenant compte de l’épidémie persistante avec l’obligation du respect des gestes barrières et la suspension de proposition des repas.

Les horaires d’ouverture du lundi au vendredi sont limités de 11h30 à 14h30. Ces horaires sont proposés jusqu’à la fermeture de l’été qui interviendra le vendredi 10 juillet après-midi. L’accès à la Maison est limité à l’Eglise et au Hall d’entrée.

Nous pouvons donc accueillir les personnes qui veulent prier, seules ou en participant au groupe de louange du lundi 13h. 
La participation aux messes des mardis, mercredis et jeudis est  redevenue possible sous réserve d’une inscription (voir les liens sur le site pour une inscription pour chaque messe) et dans la mesure des places disponibles pour ceux qui ne sont pas inscrits.

La possibilité d’accéder au sacrement du pardon le mardi de 12h à 14h est ouverte. 

L’accueil des binômes (ou trinômes) est également possible après réservation à ecrire@ndp92.fr 

La librairie est accessible,  aux conditions habituelles.

La « rentrée » prévue le lundi 31 août se prépare à la Maison Notre Dame de Pentecôte, en  tenant compte de l’incertitude quant à la durée de l’épidémie.

Dans un premier temps, les horaires actuels de 11h30 à 14h30 seront proposés, avant de  pouvoir élargir les heures d’ouverture selon l’évolution de la situation.

En attendant cet élargissement, l’ensemble des acteurs de la Maison réfléchit aux possibilités de mieux accueillir, en particulier en accueillant à nouveau les groupes, mais aussi en proposant des conférences et des expositions sous réserve d’un retour à une fréquentation « normale », en renouvelant la communication en particulier de façon numérique, etc.

La Maison Notre Dame de Pentecôte n’entend pas relever seule les défis éthiques, sociaux, et économiques de notre temps, elle le fera localement avec, par et pour vous, en étant  instrument de revitalisation et ressource de sens.

Alain PILLANT

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CRITIQUE DE LA SOCIETE TECHNICIENNE

L’analyse de la technique et la critique de la société technicienne s’articulent autour d’une trilogie : La technique ou l’enjeu du siècle (1954), Le système technicien (1977) et Le bluff technologique (1988). Pour Jacques Ellul, le fait technique est l’élément déterminant de notre  société moderne : il est « l’enjeu du siècle », comme l’économie l’était au XIX· siècle. La technique, en effet, recompose tous les autres aspects de la vie et remodèle peu à peu l’homme lui-même. La technique est  « un ensemble de moyens gouvernés par la recherche de l’efficacité », elle est la préoccupation de  « rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace »11. La technique est devenue un  « milieu », le nouveau milieu de l’homme. Tous les aspects non techniques du mode de vie de l’homme sont transformés en activités techniques (par exemple, la politique, l’art ou les loisirs).

L’homme a toujours vécu avec des techniques, c’est-à-dire des outils qui médiatisaient son rapport au  milieu naturel, mais il les mettait à son service afin de s’émanciper de ce milieu. Un saut qualitatif s’est  produit au milieu du XXe siècle : désormais, c’est l’homme qui est au service de la technique.
En effet, la thèse la plus scandaleuse (et inaudible dans les années cinquante !) que soutient Jacques Ellul, est celle de l’auto-accroissement de la technique : la technique s’engendre elle-même, perdant toute finalité, et progresse désormais sans intervention décisive de l’homme. On fait quelque chose parce qu’on peut le faire et non plus en vue d’une fin au service de l’homme (de son bonheur ou de sa  liberté). Telle est la loi de Gabor [du nom du physicien Dennis Gabor, 1900-1979) : « Tout ce qui peut être fait techniquement sera nécessairement  réalisé. » La technique est devenue autonome, y compris à l’égard de  l’économie (on se lance dans la conquête spatiale alors que c’est un gouffre financier, tout simplement parce qu’on peut le faire), à l’égard de la  politique (les États-Unis et l’URSS suivaient alors les mêmes orientations fondamentales de la croissance effrénée et du pillage de la planète, avec des régimes politiques et économiques différents, et « rien  d’important ne s’est passé en France le 10 mai 1981 », à l’égard de la morale et des valeurs spirituelles  (la technique est devenue elle-même le bien et le sacré, puisque l’efficacité est  aujourd’hui la norme  absolue, le vecteur de désacralisation du monde qu’est la technique étant désormais lui-même investi de sacralité). La révolution informatique a accéléré le mouvement du progrès technique en raison de son  caractère systémique : la société technicienne est un système et toutes les techniques sont mises en  réseau, de sorte qu’une innovation dans un domaine entraîne une innovation ailleurs, mais une catastrophe a aussi des effets en chaîne. Nous vivons dans un monde ido­lâtre envers la technique, puisque les hommes  la servent dévotement au lieu de s’en servir.

La société technicienne constitue pour l’homme une perte considérable de liberté : les contraintes de la vie quotidienne sont infiniment plus grandes qu’avant la révolution industrielle. La servitude que représente le choix de l’énergie nucléaire, par exemple, avec les risques incalculables pour les générations futures,  illustre cette orientation vers la dépendance absolue. La liberté ne consiste plus qu’à choisir entre des  objets techniques et d’autres objets techniques, et non entre ces objets et la possibilité de s’en passer et de vivre aussi bien. Mais, pour masquer cette perte de liberté, il faut exalter la puissance inouïe de l’homme d’aujourd’hui, en appelant cette puissance « liberté ». C’est le principe de la « propagande horizontale » :  le conditionnement de l’homme pour l’adapter à un monde qui ne peut que le rendre malheureux.
Nous subissons à cet effet un déluge ininter­rompu d’informations, que nous sommes incapables de trier : nous demeurons en état de stupeur et de fascination dans ce monde d’images virtuelles, perdant toute  maîtrise sur notre vie. L’homme moderne est subjugué, hypnotisé et dépossédé de lui-même. 

Jacques Ellul est-il donc technophobe ? Certainement pas, car le versant éthique de son œuvre ouvre un chemin pour que les chrétiens puissent vivre dans ce monde sans issue : non pas dans un autre monde ou dans une tour d’ivoire, mais au cœur de ce monde, sans être du monde.  

Extrait paru sous la plume de Frédéric Ronchon dans Etudes – Mai 2020 N°4271
sous le titre « Jacques Ellul : une espérance pour un monde sans issue »

 

Semaine du 24 juin au 8 juillet

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°974 au format PDF :

2020 -974