CAHIER D’ESPÉRANCE N°937 «Mgr Mathieu Rougé Rencontre avec Charles Mercier pour son livre “Une traversée du XXe siècle  »

Sommaire de ce numéro :  

  • A propos de René Rémond par Charles Mercier
  • Urgence de la mission ?
  • L’écologie et nous
  • Portes ouvertes
  • Annonces

La disparition de René Rémond, il y a maintenant plus de dix ans, le 14 avril 2007, a suscité un flot d’hommages impressionnant, venant des mondes politique, culturel, universitaire et religieux. Cette diversité et cette unanimité de l’éloge post-mortem étaient à l’image d’une vie aux engagements multiples, conduits avec une rigueur, une honnêteté et une intelligence peu communes.

Né dans une famille catholique du Jura, profondément croyante, René Rémond a été fortement influencé sur le plan spirituel par sa mère, dont il disait qu’elle avait une « religion personnelle » et « une foi réfléchie ». Son oncle, Mgr Paul Rémond, engagé dans l’aventure du Sillon, a eu également un grand impact sur son itinéraire religieux. A 14 ans, en 1932, René Rémond est entré à la Jeunesse étudiante chrétienne où il a rapidement accepté des responsabilités qui l’ont amené à être secrétaire général du mouvement dans l’immédiat après guerre.  Il a gardé toute sa vie une sensibilité de catholique militant, considérant l’engagement dans la société et le changement des structures comme un moyen de « construire le Royaume ». Parmi tous ces investissements, René Rémond n’a pas ménagé sa peine pour reconstruire l’Université aux lendemains de la grande commotion de mai 1968. En poste à Nanterre, épicentre de la contestation, il a accepté la responsabilité écrasante de la Faculté de lettres en 1970, de l’Université Paris X- Nanterre en 1971 et enfin de la Conférence des présidents d’université en 1974. Il a réussi, par sa fermeté et son habileté, à conjurer la violence et à faire vivre la loi d’autonomie d’Edgar Faure qu’il voyait comme un progrès vers la démocratisation de l’enseignement supérieur.

L’enracinement catholique de René Rémond avait aussi un impact sur ses rapports à l’histoire. Il confessait que sa foi chrétienne influençait son positionnement historique, l’amenant notamment à accorder une autonomie aux croyances religieuses, aux convictions philosophiques, aux motivations profondes qu’il refusait de considérer comme totalement conditionnées par la position dans le processus de production. De par ce crédit qu’il apportait aux faits de conscience, René Rémond a longtemps occupé une posture originale, dans un champ historiographique dominé entre 1945 et la fin des années 1970 par l’étude des structures économiques et sociales. En choisissant pour centres préférentiels d’intérêt « les idées, l’opinion, le fait religieux et la vie politique », il était à contre-courant des courants dominants.

René Rémond a également conjugué la foi du chrétien et l’analyse de l’historien dans son engagement d’intellectuel chrétien.  Président du Centre catholique des intellectuels français de 1965 à 1975, il a été partie prenante de l’effort de sa génération d’universitaires croyants pour confronter la foi à la pensée contemporaine. Dans les dernières années de sa vie, il s’est fait le porte-parole d’une partie de l’opinion catholique s’estimant la cible d’attaques discriminatoires, en publiant deux livres à fort retentissement : Le Christianisme en accusation en 2000 et Le Nouvel antichristianisme en 2005.

Au-delà de la multiplicité des directions prises et des champs explorés, l’itinéraire de René Rémond frappe par sa continuité et sa cohérence. La foi chrétienne en a été le principe et la colonne vertébrale. Revenir sur sa figure permet non seulement de s’enrichir des expériences des générations précédentes (notamment par rapport à la question de l’engagement dans la société) mais aussi de mettre à distance notre propre présent, pour y agir de manière plus pertinente.

Charles Mercier



Mois missionnaire extraordinaire

Le pape a décrété que le mois d’octobre 2019 serait un mois missionnaire extraordinaire à l’occasion du centenaire de la Lettre apostolique Maximum illud du pape Benoît XV, qui a redonné un élan nouveau à la mission de l’Église.

Le thème du mois missionnaire d’octobre 2019 est :

« Baptisés et envoyés : l’Église du Christ en mission dans le monde. »

Ce thème souligne que l’envoi en mission est un appel inhérent au baptême et à tous les baptisés.

Urgence de la mission ?

Je viens juste de lire que le nombre des enfants de 8 à 11 ans catéchisés en France avaient été divisé par 3 en 23 ans, de 45,5% en 1993 à 17,4 % en 2016. Ainsi donc, si nos églises se sont vidées, elles continueront encore plus rapidement à se vider…. Y-a-t-il urgence à partir en mission ? Pour remplir nos églises ? Pour revenir aux siècles d’or du passé très chrétien ? Pour affirmer haut et fort des valeurs ou des traditions, des exigences morales ou des dogmes ?…. Faut-il avoir peur ? Non, car la peur n’est pas chrétienne. Nous sommes entre les bras du Seigneur.

Notre humanité sans espérance est de plus en plus blessée et meurtrie. Il y a une vraie urgence à panser les plaies et à libérer notre prochain et nous-mêmes des blessures, des drogues, de l’avidité boulimique et consumériste, des pauvretés, des révoltes, de nos péchés qui nous rendent esclaves … que ni les médecins, ni les psychiatres, ni l’état providence ne peuvent soigner… car ces souffrances, ces maladies, ces blessures ont des ramifications très profondes en nous, jusque dans nos cœurs secs et assoiffés.

Il y a une vraie urgence d’une libération profonde et spirituelle de tout l’homme que seul Jésus peut réaliser en chacun. Il y a une vraie urgence à supplier l’Esprit de distribuer des forces surhumaines, des talents et des dons célestes pour pouvoir ‘’proclamer que le Royaume des cieux est tout proche, guérir les malades, ressusciter les morts, expulser les démons’’. Mt 10,8. Dieu a besoin de nous tous et de notre collaboration active. Nous sommes directement responsables de nos familles, de nos entreprises, de nos cités et de tous ceux qui sont autour de nous.

Il y a une vraie urgence à parler de Dieu et de Jésus à tous nos voisins pour les libérer des fausses images de Dieu qui Le rendent insupportable voire haïssable. Annonçons ce Dieu ‘’doux et humble de cœur’’, tendre et fou d’amour pour chacun de nous, car ses ‘’entrailles’’ sont secouées devant nos misères, nos détresses et nos vies de mort. Témoignons des merveilles qu’il fait pour nous, du salut réel qu’Il nous a apporté, Lui qui intervient à tout moment dans nos vies et dans notre histoire, à temps et contre temps, pour nous tendre la main et pour nous remettre debout. Annonçons Jésus, « LE Chemin, LA Vérité et LA Vie » qui nous introduit dans l’intimité du Père, au fond de nous, avec nos frères et sœurs dans leur service humble. Le seul chemin de la vraie paix et de la vraie joie que rien ne peut arracher pas même les souffrances ni la mort. Annoncer ouvertement fait grandir notre foi.

Alors peur d’aborder les autres et de parler de Jésus ? Nous ne sommes pas seuls. L’esprit est avec nous ainsi que tous les témoins qui sont déjà au travail de la vigne. Allons les rencontrer et nous rafraichir au contact de leurs témoignages et de leur audace. Courage ! Allons rencontrer le feu de l’Esprit pendant le Congrès Mission les 27-28 et 29 Septembre et juste avant notre mois missionnaire extraordinaire voulu par le pape François, en Octobre.

Olivier Boiteau (Coordinateur MMM)


« L’Ecologie et nous »

Groupe de réflexion chrétienne sur l’écologie intégrale à NDP 

Un éclat de voix

« Oui, un « éclat de voix » au milieu du discours continu de l’univers, une intonation nouvelle pour secouer l’attention d’un public distrait » (Le Père Varillon – 1933)

Oui, un « éclat de voix » du Pape François avec son encyclique « Laudato Si » (24 mai 2015), encyclique présentée récemment par le recteur de NDP, le Père Hugues Morel d’Arleux à NDP en mars 2019.

Dans quel monde vivons-nous ?

Nous ne savons où nous allons. Cette simple phrase résume nombre de réflexions et d’articles que nous lisons ou entendons chaque jour. Le monde scientifique et technologique nous entraîne dans une fuite en avant qui fait plus que nous interroger.

En même temps nous assistons à une déchristianisation certaine. Le christianisme, pour beaucoup, leur est devenu étranger. Confronté à la raréfaction des prêtres et à leur dispersion, surtout dans les monde rural, l’Eglise sait qu’elle doit se transformer pour davantage aller vers les gens et leur vie quotidienne selon Mgr Éric de Moulins-Beaufort.

Or nous pressentons vivre une période charnière.

Si donc nous partions de la vie, de notre vie ? N’est-ce pas un point essentiel : nous semblons avoir oublié que notre condition humaine est pour une part mystérieuse. Le mystère est une dimension de l’existence : tout un monde nous échappe, nous le vivons chaque jour, nous nous savons une énigme à nous-même et aux autres. Tout n’est pas que raison, transparence : ce dessaisissement est positif car il nous ouvre à l’amour, à la beauté dans l’art, la musique, la nature. Nous en sommes tous familiers. « La société a besoin d’artistes, de poètes, comme elle a besoin de scientifiques, de techniciens, d’ouvriers … L’artiste perçoit cette sorte d’étincelle qui peut jaillir de toute création artistique » (Lettre aux artistes de Jean-Paul Il – 1999).

Il n’y a pas qu’un monde : celui de l’économie et de la finance. A ses côtés, un autre monde est possible que nous pourrions habiter, une autre façon d’habiter la terre et nous l’avons oublié.

Est poète, celui qui sait encore rêver, prendre son temps, replacer les événements à leur place, prendre du recul et ralentir. Il est crucial que, au cœur de la vie la plus active, subsistent des êtres, ces résistants de l’ombre, qui, obstinément, humblement, persistent à entretenir cette étincelle. Mais il faut le vouloir, s’y prêter, s’y accorder.

Et l’Evangile – « Se retourner »

Après la résurrection de Jésus :

  • Jn 20, 14 – Marie Madeleine se retourna et vit Jésus debout mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
  • Jn 20, 16 – Jésus lui dit : « Marie ! » Elle se retourna et lui dit :                     « Maître ! ».
  • Jn 20,17 – Jésus : « Va vers mes frères … »

Si, à partir des Évangiles, nous nous retournions tout simplement sur Jésus : sa singularité, sa force qui en fait l’unique au sein de notre univers.

Jésus est un nomade, toujours sur les routes, à travers mers et montagnes, totalement disponible aux événements et aux personnes.

Dans ses multiples rencontres, nous le connaissons autant par ses gestes que par ses mots qui sont inséparables, et Jésus y révèle une densité, une présence humaine telle qu’il redonne vie à chacun.

Redonner vie à ce monde. Quelle tâche !

Nous avons tendance à être plus réceptif à ce qui s’effondre et à ne pas percevoir ce qui germe au milieu même de ce qui disparaît.

Un nouveau monde est en train d’émerger mais il est encore impossible à penser.

Si nous nous limitons à l’Écologie, on voit ressurgir ce que l’on avait évacué : une dimension spirituelle du monde, des jeunes montent au front partout, des personnalités de premier plan appellent pour sauver la planète mais, nous le savons, nous ne sommes pas à la hauteur du défi.

Il nous faut « un éclat de voix » pour secouer l’attention d’un public distrait et sortir, ce maître mot du Pape François. « Entendre l’Eglise sur des problèmes de société qui deviennent de plus en plus radicaux et pressants… une urgence pour une Eglise qui se dit pour la vie, une urgence pour une Eglise en sortie, une urgence pour une Eglise qui doit reprendre l’initiative«  (Rome- Octobre 2017).

Marie-Laure Vanier

N°937 Semaine du  18 au 25 Septembre 2019

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2019 – 937