CAHIER D’ESPÉRANCE N° 818: « Le temps s’accélère »

Le temps s’accélère, lit-on partout; avoir du temps est devenu un luxe si on en croit beaucoup de nos conversations.

De fait, notre organisation urbaine, technologique et économique nous installe dans une paradoxale course au temps :

A la fois, les technologies de la communication et les moyens de transport ne cessent de nous faire « gagner du temps ».

A la fois, le temps passé dans ces transports, les informations nouvelles à traiter par les différents canaux de communication font que beaucoup ont l’impression de « perdre beaucoup de temps » et de ne pas en avoir assez « pour faire ce que l’on voudrait faire»!

Et nous n’oublions pas ceux qui trouvent le temps trop long dans leur maladie, le chômage ou l’isolement.

Question : Et si nous étions plus libres de notre emploi du temps, est-ce si sûr que nous emploierions le temps « libéré » si différemment qu’actuellement ? Au fait, qui n’aime pas s’investir dans son emploi, aller assez souvent ailleurs (quand on en a les moyens financiers), participer à tel ou tel loisir, telle ou telle association, rendre visite à la famille, aux amis, lire ou faire du sport…

Dans l’Evangile, Jésus ne semble pas prendre parti pour les super actifs contre ceux qui se contentent de moins d’activités, ni l’inverse d’ailleurs.

La pensée de l’Eglise invite à occuper son temps pour participer à la construction d’un monde plus juste, plus uni, plus fraternel, plus croyant… ceci sans encenser les hyper actifs.

Jésus invite à réfléchir et à agir autrement. Jésus invite à habiter le temps, à être réellement présent dans les relations que nous nouons, dans les actions que nous engageons.

Etre quelque part sans déjà penser à l’action et au lieu suivant : voilà une ascèse pour aujourd’hui.

Etre présent là où on est, car c’est là que Dieu, par son Esprit, se rend présent. C’est là qu’agit l’Esprit Saint. L’Esprit ne manque pas de temps, il peut certainement lui arriver de trouver que c’est notre personne qui manque le rendez-vous !

Notre activisme, notre course au temps cache souvent une sourde inquiétude à propos de l’existence, de son sens, de son devenir, de nos capacités à nous « en sortir » (avec l’argent, les enfants, l’amour, l’image de soi…. ) et nous courons autant pour construire tout cela que pour le fuir.

En Mathieu 6 et Luc 12, Jésus nous invite à ne pas s’inquiéter de l’avenir mais à rendre grâce aujourd’hui, à œuvrer aujourd’hui Non qu’il n’y aurait pas, parfois, de gros motifs d’inquiétude, mais parce qu’il ne sert de rien de s’inquiéter. Jésus invite à être présent à l’amour du Père, pour pouvoir discerner et prier, puis encore discerner pour agir, pour grandir dans l’amour de Dieu et du prochain.

Entendre de la part de Dieu que « Vous valez bien plus que les moineaux » permet d’entrevoir qu’il y a plus que la course au temps à mener. Dans ce temps qui nous est donné, nos combats et nos constructions trouveront, dans cette assurance de l’amour du Père, leur juste place.

Père Alain Lotodé


Compte rendu d’une réunion d’équipes et de groupes à NDP en 2016

              (suite du Cahier N° 816)

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À la suite de l’Assemblée Générale des Equipes qui s’était tenue fin 2015, nous avons changé la forme de nos réunions pour favoriser les échanges et le partage de ce qui se vit dans les différentes équipes. Les participants se sont donc regroupés par tables de 6 personnes, d’ équipes différentes, avec un thème commun  de discussion :

            « Le travail : ce qui en est partagé dans les équipes » 

C’est maintenant la dernière table qui s’exprime. Nous parlerons d’intervenants plutôt que de citer les noms ou les prénoms, certaines des réactions étant assez directes et personnelles.

    1er Intervenant :

L’ACO à La Défense (2 équipes) est un  relais proche du monde du travail pour l’ACO en tant que mouvement d’Eglise. La révision de vie sur le lien entre leur situation professionnelle et la foi au Christ est la base de la méthode de réflexion des équipes (Voir-Juger-Agir). « Nous regardons les questions d’organisation des solidarités entre les personnes par rapport aux salariés. Un exemple : à la suite d’un arrêt informatique de plus de 8 h et le back up qui n’a pas été fait et assumé, la direction voulait licencier les salariés.  Pourtant ceux-ci ont dû  arrêter le système du fait d’un défaut d’organisation ». « Nous notons que la société se déshumanise : A l’occasion des départs, alors qu’avant un pot était organisé, maintenant on informe les gens des départs par Internet. »

La société est plus orientée sur les questions financières (tous les jours les ratios d’efficacité sont affichés !). Un membre de l’équipe signale qu’elle aime son travail mais n’aime pas les conditions dans lesquelles elle est obligée de travailler. Elle déteste la « litanie des chiffres » qui pollue l’atmosphère.

Les boites ferment ou bien il leur est dit qu’elles doivent être déplacées. Nous regardons les situations  de « souffrances » qui se développent du fait de harcèlements institués en mode de management, pouvant mener jusqu’au burn-out, ou du fait d’une organisation mal gérée, et de rythme accélérés.

Dans les conditions de diminution de personnel, beaucoup de salariés qui ont une grande conscience professionnelle arrivent à se démotiver.  Surtout lorsqu’ils voient les RSE se développer.

La question des militants de l’ACO est de savoir ce qu’il faut faire. « J’ai  dû intervenir dans des cas de burn out ou de difficultés psychologiques. »

Entraider par exemple, une collègue enceinte qui ne devrait pas travailler après 19h mais à qui la hiérarchie demande de dépasser cet horaire. C’est par la solidarité qu’on exige de faire respecter les droits du travail en remettant en cause ce qui est pratiqué dans l’entreprise. L’action syndicale a son rôle à jouer à ce niveau. C’est par des petits pas que nous avançons.

Il nous dit aussi l’avantage de l’apport des échanges entre équipes, en particulier avec le MCC ou aux portes ouvertes de l’ACO.

    La 2ème Intervenante pense et souhaite que le travail soit fécond, utile et créatif. Ce peut être vécu même dans les travaux les plus humbles. C’est aussi un lieu où peut s’exercer la fraternité.

Elle constate cependant que le droit à l’erreur n’est pas reconnu. Et pourtant l’erreur peut être vécue comme un facteur de progrès, lorsqu’elle est reconnue. Comment créer une culture collective de la prise de risque dans notre monde où le principe de précaution est érigé en valeur absolue ? Il existe dans sa société une Direction de la prévention des risques.

La subsidiarité et la délégation qui sont couplées avec la confiance ont du mal à s’exercer. Comment créer un état d’esprit de confiance ? Mettre en avant les choses positives, ne pas se nourrir du négatif.


PRENDRE LE TEMPS DE CONTEMPLER

« Le regard et la lumière »

Le regard1Aujourd’hui où tout va si vite, où beaucoup sont stressés, surbookés, les citadins en
particulier, quel bonheur de s’arrêter le crayon à la main pour contempler le monde qui nous entoure, contemplation active…

Mon secret pour m’obliger à m’arrêter et à savourer le moment présent : croquer, dessiner.

Depuis plusieurs années, je pars avec un carnet noir qui tient dans une poche, sorte de petite boite noire qui consigne mes impressions, mes rencontres, comme la boite noire d’un avion, mémoire d’un instant.

Le temps d’un croquis, d’une esquisse, (de 10 à 30 minutes): pour moi le temps est suspendu, je retrouve mon centre, tout en restant en totale connexion avec ce qui m’entoure. Architectures, paysages et personnes viennent à moi, sans prisme d’une lentille, d’un écran bouclier, je suis de plein pied, et dans certains pays dont la langue m’est inconnue, quel bonheur de communiquer par un simple regard, échange simple car le regardé regarde autant le dessinateur regardant.

Et le dessin a un petit goût de magie, langage universel, enfants, adultes viennent spontanément contempler avec moi la beauté de la Création… sans oublier et remercier le Créateur pour tant de merveilles.

Laurence de Marliave


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N°818 Semaine du  22 au 29 juin 2016

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