Cahier d’Espérance n° 803 : «5ème Conférence de Carême : Justice et Entreprise»

L’entreprise au service de l’écologie intégrale  

Dans l’Encyclique ‘Laudato si’, le Pape François nous interpelle vigoureusement, citoyens du Nord, quant à nos manières d’organiser et de développer une culture du déchet, contradictoire avec le souci d’un développement juste et intégral des sociétés de la planète.
Non seulement nous exportons une partie de nos poubelles, notamment les déchets les plus dangereux, vers les pays du Sud qui les acceptent moyennant quelques subsides, mais nos modèles de production engendrent une société d’hommes jetables, ces travailleurs pauvres et peu qualifiés qui font les frais des exigences de retour sur investissement élevé de la part d’actionnaires et de dirigeants voraces.

« C’est la même logique qui pousse à l’exploitation sexuelle des enfants ou à l’abandon de personnes âgées qui ne servent pas des intérêts personnels. C’est aussi la logique intérieure de celui qui dit : ‘laissons les forces invisibles du marché réguler l’économie, parce que ses impacts sur la société et sur la nature sont des dommages inévitables’» (L n°123)

Ne nous résignons pas à une telle culture, insoutenable et mortifère, à laquelle nous participons comme consommateurs, actionnaires, comme cadres ou dirigeants d’entreprise. La foi chrétienne nous donne des ressources éthiques et spirituelles afin de discerner comment orienter nos modèles économiques en vue de l’écologie intégrale pour développer
des innovations moins énergivores et moins carbonées, pour utiliser le meilleur du numérique afin de transmettre les savoirs à tous, pour mieux partager le travail, pour promouvoir la location de services et la gestion de ressources communes plutôt que la propriété privée, pour limiter nos besoins et inventer une sobriété heureuse…

L’entreprise de demain pourrait être l’expression d’une créativité individuelle et collective époustouflante au service des communs.
Saurons-nous relever le défi ?

Cécile Renouard


« Misericordiae vultus Patris est Christus Iesus. »

 « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père »

Ainsi commence le texte de la Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde .

« Vultus » selon le dictionnaire latin Gaffiot, est plus que le visage. C’est l’expression, l’air du visage, la mine, la physionomie.

Ce choix du mot visage, dans la première phrase de la bulle, est extraordinairement riche.

Toute l’humanité est là : on ne parle pas du visage d’un cheval, d’un chat. Notre visage nous identifie mieux que le reste de notre corps, c’est lui qu’on trouve sur notre carte d’identité. Il est par ailleurs la partie de notre corps la plus élevée, la plus noble, et celle qui nous met le plus en relation avec le monde, avec les autres. Quatre de nos cinq sens y sont présents. Ne manque que le toucher. Notre visage, c’est ce qui parle le plus de nous, c’est notre expression, la révélation de notre identité. Ne dit-on pas que les yeux sont les fenêtres ou les miroirs  de l’âme ?

Dans un de ses livres, Romano Guardini* nous dit : « Le visage de l’homme signifie qu’il est capable d’orienter son être intérieur, de se tourner vers un autre homme avec bienveillance ou hostilité, avec amour ou haine. Cela se manifeste dans nombre d’expressions, par ex. « l’homme fait front contre son destin » ou «  il fait face au danger » ou encore : «  il sourit à un autre »…..Le visage est l’expression de la personne et de sa liberté. » Et plus loin : « D’ordinaire l’homme n’a guère qu’un masque. On se rend compte à quel point un visage peut se mettre à vivre lorsqu’on voit par exemple le visage d’un homme s’ouvrir au cours d’une conversation qui le passionne ou d’une rencontre qui l’émeut. Il semble qu’alors seulement ce visage se crée à partir de l’intérieur. […] C’est en parlant à Dieu que je deviens véritablement « quelqu’un », ce moi-même qu’Il a voulu en me créant et en me rachetant. Les traits de ce visage ne se forment, ne s’épanouissent et ne s’affermissent que dans la prière. »

Jésus-Christ est donc présenté comme le visage, l’expression visible, vivante, humaine, l’incarnation
expressive de la miséricorde du Père. «Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier » poursuit le Pape. Mystère de l’Incarnation. Relisons aussi l’hymne de la Lettre aux Philippiens (Ph 2, 5-11)

Nous n’avons pas d’image du visage de Jésus, mais il est question de nombreuses fois dans les Evangiles de la façon dont il pose son regard sur ceux qui Le rencontrent. Il a manifesté ses émotions, il a pleuré, s’est réjouit, s’est mis en colère, a eu de la compassion… Ses disciples ont pu lire toutes ces émotions sur son visage. (MV8)

« Passant devant le comptoir des impôts, Jésus regarda Matthieu dans les yeux. C’était un regard riche de miséricorde qui pardonnait les péchés de cet homme, et surmontant les résistances des autres disciples, il le choisit, lui, le pécheur et le publicain, pour devenir l’un des Douze. » (MV 8) La miséricorde passe par un regard, un visage qui nous sourit et nous appelle, celui de Jésus. Et ce regard, cet appel, vont nous rendre à notre tour
vecteurs de miséricorde.

Au temps de Noël, nous avons contemplé le visage d’un nouveau né et bientôt nous aurons
à contempler la sainte Face. Naissance et mort. Mêmes visages de l’amour de Dieu. Thérèse de Lisieux ne s’y est pas trompée lorsqu’elle a pris comme nom Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face en unissant dans son nom ces deux visages de l’amour de Dieu.

Avec Jésus, nous avons devant nous le visage du Père. « Qui m’a vu a vu le Père » nous dit Jésus en Jn 14, 9. Le visage de sa miséricorde !

Françoise Pons

* Romano Guardini – Prêtre, théologien et philosophe allemand -1885-1968

Initiation à la prière -Ed. Alsatia  Coll. Livre de vie N°14 – 1943 – P.36-41


Exposition de Pierre Bobillot sur le thème de « l’Offrande »

 

La CroixPierre Bobillot est un peintre, plasticien, scénographe qui a exposé en France et à l’étranger (Argentine, Maroc, Japon).

Il a exercé son activité de peintre, prioritairement dans le domaine  du « Spirituel », depuis 2002.

Son travail est constitué d’œuvres personnelles, ou de commandes,
de créations pour des environnements civils, et religieux (Triptyque à l’église Saint Joseph de Clamart, Espace « Design » au collège catholique Charles de Foucauld à Puteaux …).

Son œuvre est mobilisée par la « Parole de Dieu. Ainsi pour la peindre, il puise dans les Évangiles, les versets qui font écho à notre vie et témoignent de la permanence et de l’actualité de cette Parole.

La peindre, c’est dire qu’elle est vivante.

« Je veux lui « donner chair » en travaillant plastiquement: la forme, la lettre, le mot, la citation, avec la couleur, la matière, la pâte et divers matériaux. La peindre c’est aussi pour en exalter son sens, sa profondeur, et sa glorification. La peindre c’est surtout pour m’en permettre l’Offrande»


N°803 Semaine du 09 au 16 mars 2016

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