Cahier d’Espérance n° 789 : «La solidarité, outil de dialogue»

Burgelin est un nom « d’origine protestante » et j’ai eu l’occasion d’interroger mon père sur les convictions qui séparent les différentes confessions chrétiennes. Il avait une manière amusante de répondre « on m’a appris… » sans jamais prendre position sur le sujet. Pendant 45 ans, mon père a pratiqué la religion de sa femme dans une grande proximité spirituelle, jusqu’à ses obsèques qui furent catholiques « par simplicité ». C’est cette même simplicité qui m’amène à être pratiquant catholique aujourd’hui.

Pour la plupart d’entre nous qui allons à la messe à Notre-Dame de Pentecôte, être chrétien est une évidence. De même, je suis persuadé que pour les témoins juif et musulman qui viendront à la table ronde interreligieuse du 19 novembre sur la Solidarité comme outil de dialogue, leur identité religieuse est une évidence. Le témoin agnostique pourra nous rappeler qu’il n’y a pas d’évidence : croire en un Dieu unique suivant sa tradition religieuse est une option radicale.

A-t-on besoin de Dieu pour être homme? Les valeurs humanistes peuvent être vécues en dehors de la foi en Dieu, mais le texte de la Genèse rappelle que « l’homme est créé à l’image de Dieu ». Les acteurs engagés de la solidarité se réfèrent souvent à l’image qu’ils se font de Dieu pour motiver leur engagement.

De mon expérience, la rencontre avec le démuni laisse démuni le riche que je suis. Pourquoi suis-je sur la route et lui au bord de la route? Pourquoi ai-je parfois le courage de me dérouter pour le rejoindre ? Pourquoi, dans d’autres circonstances, ai-je d’autres priorités ?

Dans son action, le bon Samaritain de l’Evangile n’est pas seul à être solidaire. Il confie à l’hôtelier de prendre soin du blessé de la vie. Rien ne dit que celui-ci partage les convictions qui l’ont amené à faire preuve d’humanité. C’est ainsi que la solidarité devient outil de dialogue entre le nomade et le sédentaire.

A cette table ronde, je suis invité à être  » le témoin chrétien « .

Comme intervenant, j’espère que le christianisme dont je serai témoin représentera ce que nous essayons de vivre à NDP et qu’ensemble nous serons accueillants pour les hôtes juifs, musulmans et agnostiques que nous recevrons dans notre Maison d’Eglise, dans un Esprit de Pentecôte.

Guillaume Burgelin


Image1Conférence du 6 octobre 2015

Travail et joie, est-ce compatible ?

Yvon SAVI

Dans le cadre des journées « Osons la Joie » de Notre-Dame de Pentecôte, Yvon Savi, cadre dans une banque, nous invite à réfléchir sur les rapports de la joie et du travail. Il ne prétend pas être théologien ou savant mais se présente comme un frère qui nous invite à l’échange en reprenant la méthode du parcours Zachée.

Au sens de l’anthropologie chrétienne, joie et travail sont véritablement consubstantiels. Le travail est défini comme toute activité, rémunérée ou non, qui vise à agir sur le monde et dans le monde, pour le faire fonctionner et évoluer. La Création n’est pas terminée, elle est en devenir et ne sera achevée qu’à la Résurrection. Adam cultivait le jardin d’Eden. Le Christ a travaillé avec Joseph avant de commencer sa vie publique. Le travail nous met en situation d’apostolat, il fait de nous un sujet devant Dieu, il donne sens parce qu’il a un objet, il nous permet d’apporter notre pierre à cette création. De plus, le travail a une dimension relationnelle, nous travaillons avec d’autres et pour d’autres.

La joie est dans la relation, dans le partage. Le travail est l’occasion de rencontres dans différentes sphères, familiales, professionnelles, sociales, associatives et politiques, de célébrations festives à l’occasion, par exemple, de la réalisation d’un projet commun. Nous nous éduquons à la joie dans le regard fraternel porté sur l’autre.

La joie s’exerce dans la fidélité, la durée, comme une rivière qui creuse son lit. Elle est fruit de l’Esprit, elle émeut le corps et réjouit l’âme. Dieu se réjouit quand la Création est bonne, Marie se réjouit et proclame son Magnificat.

Cette participation à la dynamique de la Création en vue du bien commun est ce qui donne sens à notre travail, même le plus humble. Les fruits en sont la paix, la bonté, la douceur, la fécondité. Pour jouir des fruits de notre travail, nous devons nous le réapproprier et pour cela il faut sortir de l’accélération, laisser du temps au temps, ainsi nous pourrons transmettre.

Il faut nous déverrouiller pour lutter contre les pathologies qui nous empêchent de goûter cette joie, de trouver du sens à notre travail, et d’abord la méfiance, la peur de perdre ce que nous avons acquis, notre famille, notre statut social, notre réputation. Travailler dans une structure où se pratiquent des actes contraires à notre morale nous oblige à des choix difficiles. Le passé nous enferme, l’avenir nous ligote, nous avons peur de pardonner et de nous abandonner. Si tu veux faire rire Dieu, dit un proverbe yiddish, parle-lui de ton plan de carrière ! Nous naviguons parfois entre le déni – cette joie là n’est pas pour moi – et l’autojustification – moi, ça va. C’est aussi la maladie qui blesse notre corps et notre esprit, la douleur qu’il faut apprivoiser et tenter de dominer en l’associant à celle du Christ mais sans tomber dans le dolorisme, le chômage qui est une atteinte à la dignité de l’Homme privé de participer au développement de la société et privé de revenus pour faire vivre les siens. Travailler sous les ordres d’un management défaillant est destructeur.

Le remède passe par le courage de changer de regard. Il faut sortir de la comédie humaine, accepter de s’abandonner ce qui est tout différent de se résigner. On peut s’appuyer sur sa famille, ses amis, s’aider de pratiques profanes, le yoga, la philosophie, le chant, rechercher la sobriété (Laudato si), se réjouir des choses simples. Mais il faut aussi aller plus loin. Comme les Hébreux esclaves voués à la mort, que Dieu a fait sortir du pays d’Egypte, préfiguration de la mort et de la Résurrection du Christ, il faut vivre dans l’espérance du Salut, sous la lumière de l’Esprit de Pentecôte. Prenons le Christ avec nous car nous ne pouvons rien sans Lui. Si nous lançons nos filets seuls, nous ne prendrons rien ! Quel petit « bouger » choisirons-nous pour commencer à agir ? Un sourire à notre voisin ? Un coup de main à un collègue ? C’est ainsi que nous trouverons la joie que nous cherchons et, quand nous l’aurons trouvée, ne la gardons pas pour nous.

       Notes de Michèle Rain


 

Cahier d’espérance N° 789  Semaine du 18 au 25 novembre 2015

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