CONFERENCE du Père Etienne PERROT sj : « Rome a parlé… sur les questions financières. Et après ? »

CONFERENCE du Père Etienne PERROT sj : « Rome a parlé… sur les questions financières. Et après ? »

time 12 h 45 min

7 février 2019

Le 17 mai 2018, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et le Dicastère pour un développement humain intégral ont publié un texte considérant quelques problèmes financiers actuels Œconomicæ & Pecuniariæ Quæstiones.

Que dit ce texte, et qu’en faire ?

Il convient d’abord de distinguer les trois niveaux d’action suggérés par le document romain : 

  1. Celui des règlements, nationaux et internationaux (finance offshore, séparation des métiers de la finance, shadow Banking) ;
  2. Celui des règles prudentielles et des produits élaborés par l’ingénierie financière (ratios d’endettement, transactions à haute fréquence, CDS, titrisation) ;
  3. Enfin le niveau des postures, individuelles et collectives, (culture d’entreprise, valeurs affichées ou pratiquées). Rares sont les professionnels qui peuvent agir avec pertinence sur les trois niveaux à la fois.

Que faire de ces considérations, centrées quasi exclusivement sur les intermédiaires financiers, où se mêlent les théories financières, les engagements militants, les principes de morale politique et les attitudes spirituelles ? D’abord se libérer d’une fausse culpabilité venue d’une conception erronée de la responsabilité collective : il est vain de se désoler, en prétendant que « nous sommes tous responsables » ; pour accéder à l’idée réaliste de « responsabilités emboîtées », il faut mesurer le poids des contraintes réglementaires et hiérarchiques, qui pèsent différemment sur chacun.

Ensuite il convient de revisiter les trois dimensions d’une posture professionnelle chrétienne :

  1. Les contraintes notifiées par les sciences et les techniques (à ne considérer qu’elles, on tombe dans la technocratie, à les oublier, dans l’irréalisme) ;
  2. Les impératifs exigés par la vie sociale (à ne considérer qu’eux, on tombe dans le juridisme ou le moralisme, tous les deux inhumains, à les oublier, dans l’égoïsme, tout aussi indigne de l’être humain) ;
  3. Enfin, les aspirations personnelles à une vie bonne (à ne considérer qu’elles, on tombe dans l’idéalisme stérile source de violence, à les oublier, dans l’aliénation).

Au total, vouloir être un professionnel animé par un esprit de liberté et de vérité (comme le soutient le texte romain), et non pas simplement un bon professionnel, c’est la condition du bien commun. Pour ce faire, il faut s’appuyer, comme le suggère saint Thomas d’Aquin, sur la conscience personnelle. En effet, seule une conscience éclairée discerne la voie juste, et tranche les dilemmes où s’emmêle la vie professionnelle, familiale et politique.

Père Étienne Perrot sj