CAHIER D’ESPÉRANCE N°917 «Osons la joie avec le Pape François»

Le Carême approche. L’Eglise nous donne ce temps de ressourcement, de réflexion, ce temps privilégié pour retrouver un élan dans notre vie spirituelle, pour nous accompagner sur notre chemin vers la joie de Pâques. « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle »

C’est un temps durant lequel la prière, le jeûne et le partage expriment notre désir de conversion de notre rapport à Dieu, à nous-mêmes et aux autres et spécialement aux plus démunis de nos frères. Mais c’est aussi le temps de croire à la Bonne Nouvelle d’être aimés, pardonnés, sauvés et d’une certaine manière déjà ressuscités !
Alors le Carême devient  « le temps de la joie du désir spirituel, de la joie dans l’Esprit Saint » comme nous dit Saint Benoît dans sa Règle (RB49).

Le Pape François, depuis le début de son pontificat, nous a offert des textes qui sont tous une invitation à la joie. Alors, à sa suite, pendant
ce Carême, nous choisissons d’oser la joie !

Nous vous invitons aux six Conférences les jeudis de 12h45 à 14h (possibilité de sandwichs et café) où nous découvrirons :

  • 07/03  Les Visages de la Miséricorde par  Monseigneur Yvon Aybram, vicaire épiscopal, curé de Saint-Jean-Baptiste  de Neuilly.
  • 14/03  La lumière de la foi : D’un Pape à l’autre, continuité et accomplissement par le Père François MARXER, professeur de théologie spirituelle et d’histoire de la  spiritualité au centre Sèvres-Facultés Jésuites de Paris.
  • 21/03  Laudato Si’ : sur la sauvegarde la maison commune par le Père Hugues Morel  d’Arleux , Recteur de la Maison d’Église Notre-Dame  de Pentecôte à La Défense – Curé de Puteaux.
  • 28/03  La joie de l’Évangile : Les nouveaux défis de l’annonce de l’Evangile par le Père Dominique Barnérias, curé de Sartrouville (78) et enseignant à l’Institut Catholique de Paris.
  • 04/04  Amoris Laetitia : un appel à cultiver la joie de l’amour dans toutes les familles par Monseigneur Philippe Bordeyne, prêtre du diocèse de Nanterre, recteur de l’Institut Catholique de Paris, expert aux Synodes de 2015 sur la famille et de 2018    sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel.
  • 11/04  Réjouissez-vous et exultez: La joie moderne de la sainteté par Monseigneur Matthieu Rougé, Evêque de Nanterre

Invitez vos collègues à ces temps de réflexion. Des tracts sont à votre disposition, diffusez-les autour de vous, aidez-nous aussi à les distribuer sur la Dalle, un panneau pour vous inscrire est dans le hall.

BON CARÊME 

Père Hugues Morel d’Arleux et Françoise Pons

Pour l’Equipe d’Animation Pastorale de NDP


PENSER LA FOI CHRETIENNE APRES RENE GIRARD          

Conférence de Bernard Perret

A Notre-Dame de Pentecôte le jeudi 17 janvier 2019 

Bernard Perret est essayiste et vice-président de l’Association Recherches Mimétiques (www.rene-girard.fr). Il a mené une double carrière de haut-fonctionnaire et de chercheur en sciences humaines. Ses travaux touchent des sujets variés: questions économiques et sociales, écologie, anthropologie sociale, christianisme. Il est l’auteur de Penser la foi chrétienne après René Girard (Editions Ad Solem, 2018)

René Girard a travaillé toute sa vie sur l’Anthropologie, la Philosophie et leurs rapports à la Théologie. On peut dire qu’il y a un avant et un après Girard, tant son apport à la compréhension du message chrétien a été décisif. Avec lui, on met clairement à distance le schème sacrificiel, selon lequel le fils s’offre en sacrifice pour apaiser le désir d’un Dieu vengeur…

RENE GIRARD ET LA CONVERSION

René Girard est né à Arles le 25 décembre 1923. Sa vie intellectuelle s’est essentiellement déroulée aux Etats-Unis, dans différentes Universités dont Stanford. Cela ne l’empêchera pas d’être élu à l’Académie française en 2008.

Notons ce trait intéressant : ses recherches intellectuelles et sa démarche spirituelle sont étroitement liées.

Il avait reçu une éducation catholique, mais avait rompu avec toute pratique, or en 1959, à l’occasion de l’écriture de son premier livre, Mensonge romantique et vérité romanesque, il se convertit. Le propos de cet ouvrage est de montrer comment évoluent les héros de Cervantès, Dostoïevski, Stendhal, Flaubert et Proust .

Après des aventures malheureuses sous l’emprise du désir mimétique, ils accèdent à une forme de lucidité et de détachement, comme si le romancier, à travers eux, voulait démystifier l’illusion « romantique » qui leur fait croire à l’authenticité de leur désir. À la fin du récit, le héros renonce à ses  ambitions, se libère de sa haine et accède à la générosité. On peut parler d’une véritable conversion, puisqu’il s’agit d’une démarche intérieure qui suppose le deuil d’une certaine image de soi.

Pour René Girard, sa conversion personnelle sera religieuse. Lucide sur les ambitions et passions humaines, il s’ouvre à la vraie transcendance du Dieu des chrétiens.

DESIR MIMETIQUE

On peut parler chez lui d’une double herméneutique : d’une part, René Girard interprète la culture humaine à partir de la clé que constitue la passion du Christ ; d’autre part, il interprète la Bible à partir de sa réflexion anthropologique.

Dans son premier livre, René Girard a développé sa théorie du désir mimétique : nous désirons toujours à travers le désir d’autrui. Julien Sorel est fasciné par Napoléon et l’imite, Emma Bovary est intoxiquée par les modèles romantiques… L’affirmation de René Girard est radicale, mais n’est pas
intuitive. En un sens les romanciers ont mieux compris que les sociologues la réalité de cette théorie du désir mimétique. Le désir humain est indéterminé puisque les hommes n’ont pas de désir propre, ils dépendent du désir d’autrui. Nous avons bien-sûr des besoins physiologiques et des pulsions instinctuelles, mais le désir va toujours au-delà. Nous mangeons en général plus que notre faim, souvent par imitation plus ou moins consciente: voir quelqu’un manger avec plaisir renforce notre sentiment de manque.

René Girard applique cette grille de lecture au récit de la Genèse de la tentation et de la chute. Le tentateur fait miroiter à Eve un élément de rivalité avec Dieu et elle devient tentatrice à son tour.

Pour les théologiens post-girardiens, la théorie du désir mimétique est une clé d’interprétation pour le péché originel.

Le désir mimétique entraîne une rivalité qui provoque à son tour de la violence entre les hommes. Mais la mimésis, capacité à imiter le désir d’autrui, n’est pas seulement négative : elle est au fondement de l’apprentissage, ainsi que de l’empathie ou le partage de la souffrance des autres.

Notons que la recherche médicale a montré que les neurones miroirs sont les substrats neurologiques du désir mimétique.

La culture crée des formes d’autorité et d’admiration qui font obstacle aux conséquences violentes du désir mimétique. Nous avons du mal à  comprendre cela dans notre société sophistiquée, dotée d’un système judiciaire, mais le premier objectif des premiers rudiments de la culture humaine a été de permettre aux hommes de surmonter la violence mimétique.

PROCESSUS VICTIMAIRE

Le processus victimaire est celui par lequel une victime émissaire est mise à mort pour permettre à un groupe humain de sortir du chaos provoqué par la violence mimétique. Cette mise à mort est cathartique. On voit cela dans 2001 l’Odyssée de l’espace de Kübrick. De manière tout à fait empirique, cette mise à mort produit un apaisement car elle assure la cohérence du groupe.

René Girard considère les rites sacrificiels, que l’on trouve dans les religions primitives. Ils sont un moyen de répéter le processus victimaire. Les victimes animales par exemple sont, sur l’autel, les substituts des victimes émissaires mises à mort.

Ces rites sacrificiels apparaissent comme la première brique dans la constitution des religions, la seconde brique étant constituée pas les interdits et tabous mettant à distance la violence mimétique (comme l’interdit de l’inceste).

Les mythes et récits des origines portent souvent la marque de récits de mise à mort. Souvent, dans le chaos, surgit un héros, expulsé, tué, plus ou moins divinisé et considéré comme fondateur de la culture. Le mythe d’Œdipe porte la trace de cette violence fondatrice.

C’est une nouvelle façon de penser les religions, car on les considérait souvent comme autant de réponses à un besoin de transcendance, partant d’un sentiment religieux spontané.

René Girard affirme que la religion a une origine sociale. La divinisation permet la paix dans le groupe. C’est pourquoi, pour lui, le sacrifice est central dans les religions archaïques.

LECTURE GIRARDIENNE DES ECRITURES JUDEO-CHRETIENNES

Pour René Girard, la Bible ne se présente pas comme une exception. Dans l’Ancien Testament, on trouve en effet de nombreux textes mythiques avec un Dieu vengeur, violent, exigeant des sacrifices pour s’apaiser.

Mais dans la Bible, la violence est dénoncée. On constate que les hommes sont violents, mais ce n’est pas ce que Dieu a voulu. Par exemple, juste après la chute fondée sur le désir mimétique, Caïn tue Abel,  montrant que les meurtres sont une donnée de fond de la vie humaine, que meurtre et jalousie vont de pair. Dieu condamne le meurtre. Mais Caïn, le réprouvé devient fondateur des cités.

La Cité humaine est radicalement désacralisée. Malgré les apparences, le récit de Caïn et Abel s’oppose à celui de la Fondation de Rome par Romulus et Rémus puisque, dans ce cas, les dieux bénissent le juste meurtrier.

La Bible, quant à elle, est traversée par la réflexion éthique sur la violence. Le Décalogue est évitement de la violence mimétique : « Tu ne convoiteras rien de ce qui appartient au prochain ».

Quant au christianisme, il est à la fois proche et différent des religions archaïques. L’histoire semble celle d’un meurtre qui sauve. On a bien les ingrédients du schème sacrificiel : foule en colère, victime émissaire…Le christianisme est-il une régression ?

Notons ici que le point de vue est celui de l’Agneau, qui rapporte le récit.

A suivre…. Notes de Anne Plauchu


 

N°917Semaine du 20 au 27Février 2019

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°917 au format PDF: 2019 – 917