CAHIER D’ESPÉRANCE N°889 «REMISE D’ÉCHARPES»

Ce mercredi 23 mai, 7 « accueillants », 2 « petites Marthes » et 4 « libraires » reçoivent une écharpe de Notre Dame de Pentecôte (NDP) au cours de la Messe. Qu’est-ce à dire ?

Tous sont bénévoles au sein de NDP. Accepter l’écharpe rouge, accompagnée d’une Convention de bénévolat à signer, engage les récipiendaires dans le service de la Mission d’Église de NDP.

La Mission de NDP est d’être présence d’Église au milieu de ceux qui travaillent à La Défense. Il s’agit d’annoncer l’Évangile dans ce quartier d’affaires et de témoigner de l’amour du Christ pour tous. À ce titre, NDP a entre autres missions d’être  « un lieu d’accueil, de partage, de réflexion et de prière pour tous ceux qui y entrent ». Elle a vocation ainsi à être un lieu de ressourcement pour les chrétiens de La Défense pour qu’ils puissent y trouver la nourriture qui refasse leurs forces pour témoigner du Christ là où ils vivent, et pour être  l’Église qui va à la périphérie.

L’accueillant est la première personne rencontrée en franchissant la porte de NDP. Identifié par son écharpe rouge, il est invité à se rendre disponible envers la personne qui entre et à l’informer sur la Maison et son action et aussi à l’écouter; la Maison est  catholique et l’accueillant peut se trouver devant des questions sur la Foi. Il est particulièrement appelé à être bienveillant envers le visiteur.

L’accueillant est aussi appelé à proposer des livres au visiteur pour que celui-ci puisse se nourrir intellectuellement et spirituellement. La librairie est approvisionnée par l’équipe des libraires sur qui repose  la responsabilité du choix des livres proposés à la  vente, en plus  de répondre aux commandes. Les livres sont aussi souvent feuilletés librement sur place, ce qui peut donner des idées au futur lecteur ou permettre d’engager une discussion avec l’accueillant.

Les petites Marthes, elles, assurent le service des tables qui permet aux équipes qui viennent réfléchir à la façon de vivre leur foi dans leurs lieux de travail , de se restaurer physiquement. L’accueil du prochain par les chrétiens doit prendre en compte toutes les dimensions de la vie quotidienne dans le temps. Jésus guérissait les malades et donnait du pain du « boulanger » à manger, même si c’était en signe de la nourriture et de la guérison spirituelles qu’il est venu apporter.

C’est l’engagement du bénévole à cette vie et  Mission de NDP que signifie   l’écharpe rouge.

Jean Guichené

Responsable de l’Accueil à Notre Dame de Pentecôte

« Petites Marthes » : cette désignation des personnes au service des repas fait référence à l’épisode de Marthe et Marie dans l’Évangile selon saint Luc 10, 38-42. Marthe s’active aux fourneaux et Jésus lui reproche non de préparer le repas mais d’y mettre toute son inquiétude.


3°Conférence de Carême à Notre-Dame de Pentecôte – 1 mars 2018
VIE SPIRITUELLE  ET RELIGIONS NON CHRETIENNES AU SERVICE DE LA PAIX DANS L’ESPRIT D’ASSISE 

par Elzbieta AMSLER

Elzbieta AMSLER est une catholique d’origine polonaise, Française depuis 30 ans.
Elle est Présidente de l’Amitié Judéo-chrétienne, section Versailles et Chargée de mission auprès de la Fraternité Eucharistique des Artisans de Paix.

Le 27 octobre 1986, le Pape Saint Jean-Paul II a pris une initiative prophétique, unique dans l’histoire, en rassemblant des représentants de toutes les spiritualités du monde,
invités à prier côte à côte pour la paix.

POURQUOI PARLER D’ARTISANS DE PAIX ?

L’artisan est celui qui travaille avec patience, persévérance, attention et foi. Dans son Sermon sur la Montagne, Jésus dit : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ». En hébreu, artisan (bonim) et fils (banim) ont la même racine. Pour un père, le fils est celui qui construit la génération suivante. Quant au mot bina, il désigne la sagesse, la compréhension, le discernement qui sont nécessaires à l’artisan pour qu’il fasse bien son travail.

La paix c’est la maison reconstruite, la relation rénovée après une rupture, ou encore la réparation. Et notre vocation dans le monde est de devenir artisans de paix.
Saint Jean-Paul II a choisi Saint François d’Assise comme homme de paix.

A ce jour, cinq rencontres ont eu lieu à Assise, après des événements tragiques :

  • 1986 en Octobre,
  • 1993 alors que la guerre sévit en Yougoslavie,
  • 2002 après les attentats de septembre 2001,
  • 2011 et 2016.

Et on peut dire que ces rencontres ont porté des fruits.

Qu’est-ce que Jean-Paul II appelait l’esprit d’Assise ? La préparation a duré 9 mois, de manière notamment à expliquer que cette initiative ne vient pas affirmer que toutes les religions se valent : il ne s’agit pas en effet de venir prier ensemble, mais de venir pour être ensemble et pour prier.

La prière a lieu par communauté dans des endroits séparés, les temps communs sont en silence. La rencontre se termine par un engagement commun: tous reconnaissent que les religions ont leur part de responsabilité dans l’état du monde et que, au nom de la religion, on n’a plus le droit de faire la guerre. Puis, ils s’engagent à être artisans de paix,à ré-examiner leur conscience pour entendre Sa voix et purifier leurs manières de penser et d’agir.

Andrea Ricardi, responsable de la Communauté San Egidio remarque:

« Beaucoup déplorent de nos jours la perte d’idéaux et de valeurs, mais il reste la paix (…) et tous peuvent être artisans de paix. »

Jean-Paul II aura proposé une nouvelle manière de promouvoir la paix par la prière.

L’ASSOCIATION LES ARTISANS DE PAIX

Elle a été fondée en France, dans l’esprit d’Assise par Madeleine Frapier, puis développée par Paula Kasparian. La conviction fondatrice est « qu’il ne peut y avoir de paix sur terre que si une entente entre les religions est instaurée. »

L’association a créé un Institut spirituel itinérant comprenant 4 fraternités : Torahique, Eucharistique, Islamique, Bouddhique.

Ces fraternités sont authentifiées par les religions qui acceptent de les reconnaître.

L’Association organise des rencontres, des partages, des retraites. La rencontre, avec des personnes d’autres religions, permet de prendre conscience des réticences que nous pouvons éprouver face aux différences et de cheminer vers la compréhension et l’acceptation.

Au sein d’un espace éthique et spirituel, ainsi créé, les uns et les autres cultivent le respect et le tact, s’invitent sans s’assimiler. Ils évitent les différents pièges de l’inclusion,
de l’exclusion et du relativisme des valeurs.

Les Artisans de paix prennent un engagement en 7 points, dont voici quelques-uns :

  • « Choisir la vie »
  • « Ecouter ses frères et ses sœurs, dans une recherche sincère et permanente du dialogue religieux. »
  • « Savourer et travailler sans cesse à l’unité plurale des Artisans de Paix» : à découvrir humblement que chacun rayonne des énergies diverses du Souffle originel et à œuvrer pour que chaque artisan de paix et tous ensemble, marchent vers la réalisation spirituelle :
  • « Deviens ce que tu es. » » Ensuite seulement, tu peux être avec les autres.
  • « Ma maison sera maison de prière pour tous les peuples. » Isaïe. Croire en cette vision lumineuse qui nous guide, c’est être Artisan de Paix. Nous avons été créés le sixième jour et nous sommes coopérateurs de Dieu, au service de la paix.

AMITIE JUDEO-CHRETIENNE DE FRANCE

Elzbieta AMSLER explique : « C’est pour répondre à l’appel du Seigneur, que je me suis engagée dans cette association, afin que l’Eglise soit plus accueillante. »

C’est en Pologne que se sont réfugiés beaucoup de Juifs chassés de l’Espagne, à l’époque de la loi Casimir (1343).

Jules ISAAC, juif d’Aix-en-Provence a fondé l’Amitié Judéo-Chrétienne, sa femme et sa fille n’étaient jamais revenues de déportation et son fils avait survécu peu de temps après son retour. Il rend visite à Pie XII, puis à Jean XXIII. Il se demande quel terrain favorable a pu permettre la Shoah et comment éviter une nouvelle Shoah ?

Jules Isaac demandera par exemple qu’une des prières du Vendredi Saint ne mentionne plus « les Juifs perfides ».

L’Association a fêté ses 70 ans le 5 mars 2018.

La Revue de l’Association, intitulée « Sens », explique que la mission de celle-ci est « d’éradiquer l’anti-judaïsme ancestral », mais aussi d’aider la société moderne à s’orienter.

L’un des ouvrages majeurs de Jules Isaac est « L’enseignement du mépris« . Il y analyse notamment la position des chrétiens face au peuple juif, qui parle de « peuple déicide » et considère que la dispersion des Juifs dans le monde entier est un « châtiment universel ». Ces thèses ont été annulées par Benoît XVI en 2008 : les catholiques n’ont plus le droit de dire que le Peuple Juif est responsable de la mort de Dieu.

Il s’agit de passer de « l’enseignement du mépris » à « l’enseignement de l’estime ».

Lors du Concile Vatican II, la Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra Aetate, dans son paragraphe 4, explique que l’Eglise scrutant l’Ancien Testament à la recherche de son identité, revient à la lignée d’Abraham. Le judaïsme est intrinsèque au christianisme, c’est-à-dire qu’il en fait partie ontologiquement.

La Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum affirme que « Dieu, dans sa Sagesse, a fait en sorte que l’Ancien Testament soit caché dans le Nouveau Testament et que le Nouveau éclaire l’Ancien. »

Artisan de Paix et Amitié Judéo-Chrétienne ont cela en commun qu’ils œuvrent pour le dialogue en se mettant à l’écoute de l’autre et en le laissant s’exprimer tel qu’il est.

Notes d’Anne Plauchu


N°889 Semaine du  23 au 30 mai 2018

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°889 au format PDF: 2018 – 889