CAHIER D’ESPÉRANCE N°888 «A propos de la Cybersécurité»

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication vont remodeler notre monde, en se conjuguant, en stimulant mutuellement leurs effets, en entrant en « résonance ».

Le « secteur quaternaire », ou secteur numérique, celui qui émerge avec l’interconnexion mondiale des systèmes ayant recours au tout numérique », offre une extraordinaire opportunité pour la criminalité et la délinquance.

La cybercriminalité frappe notamment la couche cognitive, celle des contenus, qui constitue le patrimoine informationnel porteur de valeur, de sens, source du savoir et donc du pouvoir. La cible principale des prédateurs est bien la donnée sous toutes ses formes. Elle permet de s’en prendre directement ou indirectement aux personnes, aux biens, aux services, aux systèmes de traitement automatisé de données. Cette donnée est visée pour ce qu’elle représente, parce qu’elle est une parcelle de la souveraineté, de l’influence,de la compétitivité économique ou parce qu’elle est une monnaie d’échange, un moyen de chantage ou, pire, un moyen de dominer les esprits.

Aujourd’hui, la donnée n’est plus annexe, ni connexe: elle est désormais au cœur de l’écosystème du cyberespace. Elle est intimement liée à l’individu, auquel elle confère une identité numérique,à l’entreprise, dont elle constitue le patrimoine immatériel, à l’Etat qui accroît avec elle sa liberté d’action.

Personnalité, compétitivité, souveraineté, telle pourrait être la trilogie servant de « devise » pour la donnée.

Hier fruit de l’action humaine, la donnée s’autonomise désormais sous l’influence des machines connectées, plus nombreuses, depuis 2008, que la population de la planète. Les objets « intelligents », sans échapper au dialogue avec les individus, deviennent des objets « bavards » qui communiquent entre eux, « de machine à machine » malgré l’homme, créant ainsi des données et métadonnées, structurées ou non, qui ne se perdent pas, se transforment et, même, se reproduisent.
Les algorithmes, la vitesse de calcul, la capacité de stockage sont les moteurs de leur fertilité.

Lorsqu’elle rencontre le big data, la donnée s’inscrit dans le temps de son créateur, tout en le devançant par son pouvoir prédictif. La donnée est vivante, survivante, sauf si le « droit à l’oubli » la rend mortelle.
Donnée kidnappée, donnée usurpée, donnée dénaturée, mais donnée libérée au profit de la transformation numérique!

Général d’Armée Marc Watin-Augouard

D’après le site https://m.huffingtonpost.fr/marc-watin-augouard/la-donnee-cible- privilegiee-des-predateurs_b_9049610.html

Au cours de la conférence qui aura lieu à Notre Dame de Pentecôte le jeudi 17 mai à 12h45, le Général Watin Augouard nous parlera de ce sujet sensible. Venez nombreux, invitez vos collègues!…  


4°Conférence de Carême à Notre-Dame de Pentecôte – 8 mars 2018

SENTIR ET GOUTER L’INTERIORITE

par le Père Xavier NUCCI s.j. 

Supérieur de la Communauté des Jésuites de la rue Blomet 75015 Paris 

(Suite et fin) 

ET NOUS, QUE METTONS-NOUS DERRIERE LE MOT INTERIORITE ?

« Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait ou rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement. » Saint Ignace de Loyola

Le fondateur de la Compagnie de Jésus écrit cela en pleine période humaniste et alors que le savoir encyclopédique et universel est présenté comme un idéal…

Que dit la Bible de l’intériorité ?

Luc 11 : « La lampe de ton corps c’est ton œil. Quand ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux ; mais dès qu’il est malade, ton corps aussi est ténébreuxExamine donc si la lumière qui est en toi n’est pas ténèbre. »

Marc 7 : « Il n’y a rien d’extérieur à l’homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui ; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. (…) C’est du cœur que sortent les mauvaises pensées… »

Matthieu 23 : « Vous de même, vous paraissez justes aux yeux des hommes mais au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité… »

Dans la tradition chrétienne, cette dimension de l’intériorité est très présente, l’important étant de prendre conscience de ce qui nous habite, d’examiner ce qui se passe en nous.

En fait, Ignace de Loyola n’a pas inventé les Exercices Spirituels à partir de rien : il a développé et formalisé une tradition vivante depuis les premiers siècles du Christianisme.

Alors que la vie psychologique, la vie spirituelle, font l’objet de nombreux écrits, on trouve au contraire peu de références à la vie intérieure, pourtant essentielle à la construction de l’homme.

A la naissance, l’enfant est centré sur lui-même, rien n’existe pour lui à l’extérieur. Puis étape par étape, il apprend à entrer en relation avec ce qui l’entoure. Il fait l’expérience de l’altérité, que ce soit dans sa relation avec sa mère, avec son père…

C’est bien un chemin d’éducation au sens étymologique du terme e-ducere : conduire hors de…, hors de la sphère intérieure pour découvrir le monde alentour. Aujourd’hui,le problème est que l’enfant est très stimulé par des expériences d’extériorisation. Il peut alors perdre progressivement le contact avec sa vie intérieure.

Pour tout éducateur, il est important non seulement d’aider l’enfant à vivre cette relation au monde, mais aussi de l’aider à prêter attention à ce que cela lui procure, lui permettre cette prise de conscience intérieure.

L’enjeu est le même pour les adultes, les enfants reproduisant d’ailleurs les attitudes des adultes. Toute la société est concernée. Il est donc nécessaire d’aider les adultes à être plus attentifs à leur vie intérieure, pour que les enfants puissent l’être, à leur tour.

DEUX SUPPORTS UTILES POUR SENSIBILISER LES ADULTES

« Le scaphandre et le papillon » de Jean-Dominique Bauby, ancien rédacteur en chef de Elle qui, à la suite d’un AVC à 45 ans, se retrouve paralysé de tout le corps sauf une paupière. Il va dicter son livre lettre par lettre, grâce à sa paupière…Il est comme prisonnier d’un scaphandre et prend alors conscience qu’il a en lui un papillon dans une chrysalide encore intacte : sa vie intérieure. Alors seulement, le papillon va prendre son envol. Jusqu’à 45 ans, cet homme n’avait pas conscience de sa vie intérieure.

Son expérience est d’ailleurs comparable à celle d’Ignace de Loyola qui, à 33 ans, reçoit un boulet dans la jambe. Eprouvant l’ennui pendant 6 mois d’immobilisation, il découvre lui aussi son intériorité.

L’expérience d’Helen Keller retracée dans le film « Miracle en Alabama ».

A 6 mois, une petite fille devient à la fois sourde, aveugle et muette. A 15 ans, grâce à un professeur qui avait été elle-même aveugle, elle découvre qu’il lui est possible de communiquer avec le monde. Elle fera même des études universitaires.

La vie intérieure est composée d’émotions, d’affectivité, de psychologie, d’inconscient et de conscient, d’imagination… Comment être attentif à tout cela ?

PROCESSUS D’INTERIORISATION EN 9 ETAPES

  1. L’expérience : par exemple, au Musée du Louvre, je regarde La Joconde
  2.  Cette expérience peut être ressentie par un ou plusieurs de mes 5 sens.
  3. Je prends conscience par l’intelligence : non seulement je vois, mais je regarde.
  4. Cela peut déclencher en moi une émotion, positive ou négative.
  5. Prise de conscience intérieure : je prends le temps d’observer ce qui se passe en moi.
  6. Cette expérience peut évoquer des souvenirs. Ma mémoire est alors en jeu.
  7. Elle peut également déclencher mon imagination: qui était cette femme, le modèle ? Le peintre me parle, en me disant quelque chose de l’humanité de cettefemme et de ma propre humanité.
  8. L’extériorisation : je parle de cette expérience avec d’autres, j’ai le plaisir de partager.
  9. Action ou expression personnelle : cette expérience me conduit à peindre à mon tour, à écrire…

Connaissant ces différentes étapes, nous pouvons aider progressivement les enfants à entrer dans ce processus d’intériorisation.

Par exemple, l’enseignant leur lit des Haikus (brefs poèmes japonais décrivant des expériences immédiates) puis leur en fait écrire, en les invitant à regarder ce qui se passe autour d’eux. Les résultats sont étonnants…

EN GUISE DE CONCLUSION

Chacun a une vie intérieure, quels que soient son âge, son milieu…

La vie intérieure est complexe, elle est faite d’émotions, d’affectivité, de pensées, d’imagination, de spiritualité…L’enfant et l’adulte doivent être     é-duqués pour que cette vie intérieure vienne au jour et que chacun puisse en prendre conscience, s’arrêter, écrire, garder des traces, partager et écouter aussi l’autre faire part de sa propre expérience.

REPONSES AUX QUESTIONS

Attention la vie intérieure est inviolable : ne pas faire dire à l’enfant ce qu’il a vécu, mais seulement ce qu’il ressent. L’enfant lui-même doit prendre conscience de cette intimité, faire l’apprentissage de la pudeur.

Il n’existe pas encore de livre sur ces exercices, lire toutefois de W.F.Barry et R.G.Doherty

Contemplatifs dans l’action, la voie jésuite.

Ici, il ne s’agit pas encore de prière. On se situe sur le seuil.

Mais comment avoir une vie à l’écoute de l’Esprit, si je ne suis pas attentif à ce qui se passe en moi dans le quotidien ? Le Christ lui, est unifié, Il est pleinement « contemplatif dans l’action » et toujours totalement attentif à l’Esprit de Son Père en Lui.

Avec les adultes, des exercices analogues sont possibles par exemple quand à la fin d’une réunion, on invite les membres à une relecture par ces 3 questions :

  • Qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Qu’est-ce que cela me fait ?
  • Qu’est-ce que j’en fais ?

Les scientifiques s’aperçoivent que des pédagogies mises en œuvre par l’Eglise  pour la vie intérieure ou la spiritualité sont validées par les découvertes des neuro-sciences aujourd’hui…

Compte-rendu réalisé par Anne Plauchu


 

 

N°888 Semaine du  02 au 23 mai 2018

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°888 au format PDF: 2018 – 888