CAHIER D’ESPÉRANCE N°885 «De commencement … En commencement»

Au commencement, il y avait moi. Ou du moins je pensais qu’il y avait moi (quand je dis « moi », toi aussi tu pourrais dire « moi »). Donc au
commencement, il y avait moi ; moi et mes petites histoires personnelles. Mes hauts et mes bas. Je ne savais pas trop si ma vie était une vie ou si ma vie était une survie.

Et un jour Dieu dit : « Choisis donc la vie »1, choisis de me faire confiance.

Alors j’ai choisi de Lui faire confiance et j’ai choisi la vie.
Et j’ai trouvé la paix.

Et Dieu vit que cela était bon.

Il y eut la mort, il y eut la vie :

Ce fut le premier commencement. 2

Et je voulais que les autres prennent soin de moi. Je me sentais bien délaissé. Souvent seul. J’attendais tant des autres, mais en vain.

Et Dieu dit : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ». 3

Alors Dieu m’a appris à servir et à donner de moi-même.

Et le service rendu m’a donné la joie.

Et Dieu vit que cela était bon.

Il y eut la mort, il y eut la vie :

Ce fut le deuxième commencement.

Et il est bien difficile de discerner ce qu’il faut faire, ou ce qu’il ne faut pas faire. Ce n’est pas évident de choisir.

Et Dieu dit : « Prête l’oreille de ton cœur « 4. Vis selon ton cœur et la vérité vraie. Ecoute ta conscience.

Alors j’ai entendu sa voix silencieuse 5 au plus intime de moi-même et j’ai pu choisir et j’ai pu agir.

Et Dieu vit que cela était bon.

Il y eut la mort, il y eut la vie :

Ce fut le troisième commencement.

Et il y a tant de choses à faire, tant de services à rendre… Je ne sais plus où donner de la tête. Je m’inquiète et je m’agite. 6 J’en suis fatigué.

Et Dieu dit : « Entre dans ta chambre, ferme la porte et prie… » 7

Alors Dieu m’a appris à me mettre à l’écart dans ma chambre.
Dieu m’a appris à prendre du temps pour Lui. Et la prière m’a appris à mieux m’ouvrir aux autres.

Et Dieu vit que cela était bon.

Il y eut la mort, il y eut la vie :

Ce fut le quatrième commencement.

Je n’arrive pas à aimer comme je voudrais. Je ne fais pas le bien que je voudrais et je fais le mal que je ne voudrais pas. 8

Et Dieu dit : « Ton cœur aurait beau t’accuser, Je suis plus grand que ton cœur et Je connais toute chose ». « Va et ne pèche plus ». 9  Et Dieu m’a pardonné

Et Dieu vit que cela était bon.

Il y eut la mort, il y eut la vie :

Ce fut le cinquième commencement.

Je trouve que ce n’est pas simple d’être humain. Qu’il est bien difficile de choisir la vie et aussi de servir et d’écouter sa conscience, de prier, de donner le pardon et d’accepter d’être pardonné… J’ai bien du mal à être un homme.

Et Dieu dit : « Le Verbe s’est fait chair ». Et la Parole de Dieu s’est faite chair. Et Jésus est venu : « Voici l’homme ! » 10

Il y eut sa mort, il y a sa vie :

Ce fut le sixième commencement.

Et Dieu vit que cela était vraiment bon.

Et j’ai voulu marcher à la suite de Jésus, être un de ses disciples.

Et Dieu dit : « Tu es mon enfant bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». 11

Et je fus pardonné de tous mes manques d’amour. Et Jésus est devenu mon frère pour l’éternité.

Il y eut ma mort, il y a ma vie avec lui :

Ce fut le septième commencement.

Et Dieu vit que cela était vraiment bon.

Et maintenant Jésus marche avec nous. Et pourtant parfois nous retombons. Mais toujours Il nous relève.

Et Dieu dit : « Tout ce que je dis, je le fais . » « Jésus est ressuscité ! », « Et je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Alors comme au commencement, nous repartons dire  » Jésus est ressuscité ! » et nous aussi avec lui !

Et Dieu vit que cela était vraiment bon.

Il y eut la mort, il y a la vie :

C’est le nouveau commencement.

Père Hugues Morel d’Arleux 12

1/Deutéronome 30,19

2/Genèse 1,1-2,3

3/Actes des Apôtres 20,35

4/Règle de saint Benoît, Prologue

5/1 Roi 19,12

6/ Luc 10,41

7/Matthieu 6,6

8/Romains 7, 19

9/1 Jean 3,20 ; Jean 8,11

10/Jean 1,14 ; et Jean 19,5

11/Marc 1,11 ; et Matthieu 28,19

12/D’après une idée originale du Père Guy Cordonnier

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2°Conférence de Carême à Notre-Dame de Pentecôte

                                         22 février 2018                                                             

VIE SPIRITUELLE ET INTUITIONS NOVATRICES DE FREDERIC OZANAM

par Mireille BEAUP

Agrégée d’Italien. Docteur de l’Université Paris III. Enseignante à l’Ecole Cathédrale.

Frédéric Ozanam est une grande personnalité laïque du XIXème siècle, béatifié par le Pape Jean-Paul II en 1997. Il est surtout connu dans le domaine du Christianisme social, mais il convient aussi de considérer sa spiritualité chrétienne qui est à la source de toute son existence. Elle éclaire ses deux intuitions fondatrices : l’intuition de ce qu’allait devenir la pensée sociale de l’Eglise et ses intuitions novatrices d’enseignant-chercheur à la Sorbonne.

Né à Milan en 1813, Ozanam est lyonnais et part en 1831 à Paris pour y faire à la fois des études de droit (comme le veut son père) et des études de lettres (selon son propre choix). Il obtient un doctorat en droit et l’agrégation de lettres…. Il est brièvement avocat d’affaires à Lyon, avant de donner des cours de droit commercial, puis d’accepter en 1840  la chaire de littérature étrangère à la Sorbonne. Il mourra à 40 ans, en 1853, d’une grave maladie des reins.

LA SPIRITUALITÉ DE LAÏC DE FRÉDÉRIC OZANAM

On apprend à connaître Ozanam, à la lecture de sa correspondance (environ 1500 lettres) dans laquelle il livre au jour le jour tout ce qui le fait vivre, sur le plan spirituel mais aussi dans sa vie sociale par le regard attentif qu’il porte sur le monde de son temps, et par le sens qu’il donne à ses
engagements. Les intuitions novatrices de F. Ozanam ne font pas l’objet d’un traité théorique mais se révèlent dans sa vie quotidienne.

C’est là aussi que prend place une vie de prière qui était à la source de ses choix et des ses engagements. Dans ses notes biographiques, son épouse cite notamment ses temps de prière personnelle, matin et soir, mais aussi la « lecture de la Bible en grec qu’il méditait environ une demi-heure. » Cette plongée quotidienne dans la prière faisait qu’il voyait l’histoire du monde et la vie de ses contemporains dans le mystère de l’Amour de Dieu, c’est-à-dire dans le mystère d’une présence bienveillante qu’il voulait traduire à tous ceux et celles qu’il approchait. Toutes ses lettres brûlent de
tendresse, de respect, de douceur envers leurs destinataires, même quand ils étaient des ennemis déclarés.

SON INTUITION SOCIALE

Commençons par ce par quoi F. Ozanam est le plus connu : son pressentiment de ce qui allait devenir la pensée sociale de l’Eglise, telle que l’exprimera Léon XIII à la fin du siècle dans une Encyclique intitulée justement Rerum Novarum.

F.Ozanam est très lucide sur les signes des temps et conscient en particulier de ce que va représenter la Révolution industrielle. Comme lyonnais, il a vu l’avènement d’une société où se construisaient de grosses inégalités sociales, où la vie était très dure pour le peuple des villes. Il a aussi été témoin des violents mouvements de révolte sociale de 1830. Et c’est dans ce contexte qu’il eut l’idée des « Conférences de charité » qui ont donné naissance à la Société Saint-Vincent de Paul : « avant de faire le bien public, » explique F. Ozanam, « nous pouvons essayer de faire le bien de quelques-uns, avant de régénérer la France, nous pouvons soulager quelques-uns de ses pauvres. »

Cette association de laïcs est en lien avec un prêtre, mais en complète autonomie par rapport aux structures religieuses ; ce qui était une nouveauté absolue en ce temps où sont nées beaucoup de congrégations religieuses. L’intuition de jeunesse de F. Ozanam est que la foi véritable est celle qui agit par la Charité ; et c’est ainsi qu’il voulait faire comprendre autour de lui ce qu’est la vie selon l’Evangile, un « art de vivre » pour reprendre l’expression employée par Brigitte Cholvy dans sa conférence de Carême du 15 février.

L’étudiant parisien revient à Lyon, sa pensée mûrit et se structure et il accepte de donner des cours de droit commercial, mis en place par la ville de Lyon. Il y fait état avec vigueur de ses convictions sur « le choc violent qui se prépare entre l’opulence et la pauvreté : il y a beaucoup d’hommes qui ont trop et qui veulent avoir encore ; il y en a beaucoup d’autres qui n’ont pas assez, qui n’ont rien et qui veulent prendre si on ne leur donne pas. » Dans son cours, il en vient même à construire les bases du droit du travail : il parle d’un « salaire naturel » qui doit rémunérer le savoir-faire du salarié, en tenant compte des charges familiales, de la retraite, des aléas de la vie et même de la pénibilité du travail. Il propose même l’idée d’intéressement des travailleurs aux bénéfices de l’entreprise.

F.Ozanam soutient la révolution de février 1848 : « Derrière la République qui n’occupe guère que les gens lettrés, il y a les questions qui intéressent le peuple, pour lesquels il s’est battu : les questions du travail, du repos, du salaire. Il ne faut pas croire qu’on puisse échapper à ces problèmes. » F. Ozanam connait à cette période deux échecs publics : on lui demande de se présenter à Lyon pour devenir député de la Constituante, mais il n’est pas élu. Puis il crée un journal avec le Père Lacordaire : l’Ere nouvelle, mais le journal ne marchera pas plus d’un an, car l’opposition au sein du monde catholique est trop forte. Il était trop en avance sur son temps. »

A suivre……


 

N°885Semaine du  4 au 11 avril  2018

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