CAHIER D’ESPÉRANCE N°871 « Message d’À Dieu de Monseigneur Michel Aupetit à ses diocésains »

« Message d’À Dieu de Monseigneur Michel Aupetit  à ses diocésains »

Nanterre, le 7 décembre 2017

À DIEU

Je me rappelle ce jour précis où dans la salle à manger de mon appartement je suis tombé à genoux pour dire enfin : « que ta volonté soit faite » de toutes les fibres de mon être. Le combat fut long et difficile, mais je savais désormais que ma vie ne m’appartenait plus, qu’elle était à Dieu. Où m’emmènerait-il ? Je n’en avais pas la moindre idée. Était-ce au loin en mission, dans un monastère, religieux en communauté ou encore prêtre diocésain ? Je n’en savais rien. Je connaissais l’Église, bien sûr, mais presque rien de l’institution,c’est-à-dire de son fonctionnement.

Un prêtre rencontré lors d’une confession m’accompagna sur ce chemin improbable et je rentrais ensuite à la Maison Saint-Augustin en année propédeutique. Quand il m’arrivait d’imaginer mon avenir,je me voyais volontiers missionnaire itinérant. Drôle d’idée qui ne semblait pas correspondre aux vues de mes supérieurs. Quoique ?
En effet, depuis mon entrée au séminaire j’ai déménagé 9 fois.

Dès que j’embrasse avec délice la vie de sédentaire, je dois partir ailleurs. Je n’aurai choisi aucune des missions qui m’ont été confiées,et pour cause, ne connaissant que peu de choses aux responsabilités pastorales d’un prêtre.

Et voilà qu’une fois encore, l’Église me donne une nouvelle mission. Le pape me demande d’accepter la charge du diocèse de Paris. C’est toujours au moment où je pense commencer à prendre véritablement la mesure de ma tâche que je dois à nouveau me transporter ailleurs pour la dixième fois. Ma vie sacerdotale a été une longue suite d’adieux et d’« à Dieu » en ce sens où l’appel m’oblige à sortir de mes zones de confort pastoral. Si nous étions en entreprise, je dirais que ce mouvement perpétuel ne produit guère d’efficacité. Mais nous sommes en régime ecclésial et la fécondité divine, qui ne peut venir que de l’Esprit Saint, permet de garder l’humilité nécessaire pour suivre le Christ partout où il vous entraîne.

Il faut du temps pour apprendre à aimer les personnes qui vivent sur un diocèse. Car au-delà des sympathies ou des sentiments naturels, il convient de les aimer comme Jésus lui-même les aime sans jugement, sans a priori, et sans exception. Chaque jour je prie pour tous ceux qui me sont confiés, c’est-à-dire l’ensemble des habitants des
Hauts-de-Seine, car l’amour du Seigneur ne s’arrête pas aux frontières de nos églises. Ma prière ne s’arrêtera pas, évidemment, avec mon départ et tous ces visages rencontrés, toutes ces personnes dont l’engagement faisait mon admiration, tous ces prêtres généreux et inventifs dont l’estime fraternelle est exemplaire, tous nos diacres (et leurs épouses, aussi, bien sûr !) tellement attachés à leur diocèse, resteront toujours dans mon cœur et dans l’offrande quotidienne de ma vie. J’étais très impressionné d’entendre les fidèles prier pour moi à chaque messe car cela me notifiait la mesure spirituelle et la gravité de ma charge.

Je l’avoue, j’ai toujours un pincement au cœur en pensant à cette phrase de Jésus : « à qui on a confié beaucoup, on demandera beaucoup ». La tentation est grande de prendre les jambes à son cou et d’aller se cacher quelque part. Mais la foi et la confiance totale en Dieu qui jamais ne nous abandonne, me permet de continuer l’étrange chemin sur lequel il me conduit.

Chères sœurs, chers frères, chers amis, je compte vraiment sur votre prière et je vous confie au Seigneur qui vous aime et vous donnera un pasteur selon son cœur.

Monseigneur Michel Aupetit
Évêque de Nanterre

À l’occasion de son départ, Monseigneur Aupetit célébrera une messe

le mercredi 20 décembre  à 19h à la cathédrale Sainte-Geneviève de Nanterre.


Conférence à Notre Dame de Pentecôte, le jeudi 16 novembre 2017 

Par Guy Aurenche, Avocat honoraire.

Ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre Solidaire.

Après la COP 21, enjeux pour le développement, opportunités et obstacles. Et nous ? 

 

Cette Conférence a été organisée par le groupe Vivre Sobres et Solidaires de Notre-Dame de Pentecôte(qui se réunit un mardi par mois – Contact : vivresobresetsolidares@gmail.com 

RAPPEL DU CONTEXTE

L’Accord de Paris, signé en décembre 2015 à la 21ème Convention des Parties, Convention Cadre des Nations Unies (COP 21) sur le changement climatique, est le premier accord universel, mais non contraignant, qui détermine un objectif commun, partagé entre les pays développés et les pays en développement : contenir à +2°C d’ici 2100 la hausse moyenne de la température de l’atmosphère terrestre par rapport à celle du  niveau préindustriel.

Le principal enjeu est celui du développement, entendu au sens large, c’est-à-dire non pas simplement la croissance économique mais l’humanisation de la « maison commune » comme l’a dit le Pape François.

ENJEUX ET RESULTATS DES COP 21 ET 23

En octobre 2017, un climatologue décrivait ainsi le contexte actuel : « La situation reste inquiétante, notamment en raison des effets de serre, on vient de connaitre 3 années de chaleur record. L’élévation du niveau de la mer s’accélère de manière inquiétante. »

Chaque année, depuis 1995, la Convention des Parties se réunit. Certains rendez-vous sont plus importants, comme la COP 21 à Paris ou la COP 23, cette année à Bonn. Les accords qui sont pris, sont des accords entre Etats. Les USA, sous la présidence de Barack Obama, avaient signé les accords de Paris. Le Président Trump annonce clairement son intention de se retirer, mais cette décision ne pourra pas être effective avant 2020.

La COP 21 a été l’occasion d’une forte mobilisation citoyenne. Elle a révélé un intérêt croissant pour les questions environnementales. Scientifiques, société civile et institutions se sont rapprochés, avec le désir de travailler ensemble face à ce type de défi. Toutefois, nos modèles économiques n’ont pas été explicitement remis en cause ; et c’est là un point faible.

La COP 23 s’est réunie en Allemagne mais sous la présidence des iles Fidji qui sont menacées de disparaître à cause du réchauffement climatique. En 2018, la COP se réunira en Pologne .

LES COP, « ENJEUX POUR L’ETRE HUMAIN » (Angela Merkel)

L’OXFAM (confédération agissant contre les injustices et la pauvreté) évalue à un milliard le nombre de déplacés climatiques en 2100…

Nos contemporains, contrairement aux générations précédentes, prennent conscience d’une part de leur puissance de destruction extraordinaire et d’autre part de la finitude des ressources. De plus nous nous découvrons interdépendants. Plutôt que de céder à la tentation du repli, il faut décider que c’est ensemble, dans la vie professionnelle, politique, ecclésiale, scientifique,que nous trouverons des solutions.

QUELQUES PISTES POUR LES CITOYENS QUE NOUS SOMMES

Nous sommes d’abord invités à discerner ce que chacun de nous peut faire, en sachant que, dans ce domaine, il n’y a pas de petits actes, mais des gestes qui donnent la vie. « J’ai placé devant toi, la vie ou la mort… » nous rappelle la Bible.

Gestes modestes par exemple dans notre manière de consommer, en préférant une production de proximité, en recyclant les déchets, dans le choix du chauffage ou de nos déplacements…

PARLER EN TERMES DE JUSTICE CLIMATIQUE

Il serait essentiel de pouvoir formuler les objectifs des COP en termes de droits et de devoirs. Malheureusement la COP 21 n’a pas réussi à ce que le lien soit établi entre la lutte contre telle ou telle cause du réchauffement climatique et le droit à l’alimentation ou le droit à la santé, ou le droit à respirer un air pur. C’est en ces termes qu’il faudrait désormais aborder les questions avec les responsables politiques. Heureusement l’idée d’une « justice climatique » progresse.
Elle devrait par exemple permettre aux victimes qui ne peuvent plus vivre sur leurs terres de porter plainte contre les responsables de la désertification.

DIMENSION CITOYENNE, L’AGRO-ECOLOGIE

Il s’agit d’encourager des modes d’agriculture nouveaux, c’est-à-dire des modalités de production respectueuses des équilibres de la terre et de ceux qui l’habitent. Cette agro-écologie est capable de rendement et montre bien les limites de l’agriculture industrielle, orientée vers le super-profit. Il faut en effet savoir que l’on est en train de détruire 80% des vivants…

DIMENSION EDUCATIVE

Elle est essentielle et devrait imprégner les programmes scolaires, les conversations familiales, la catéchèse. Responsabiliser les personnes dès l’enfance, c’est contribuer à « l’humanisation de la maison commune ».

DIMENSION SPIRITUELLE DE LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT

La question se pose de savoir comment et en quoi s’enracine la dignité humaine pour la défense de laquelle nous décidons d’agir. Parler d’Eglise verte est une bonne chose mais,plus fondamentalement, il convient de travailler sur Laudato Si (publié par le Pape juste 6 mois avant la COP 21), comme une méditation sur la création. L’homme est le compagnon aimé du Créateur, tellement aimé d’ailleurs que le Créateur lui confie la responsabilité de la création à venir. Comment acceptons-nous aujourd’hui ce artenariat ?

QUESTIONS REPONSES

Comment créer la même indignation que celle créée récemment face au harcèlement sexuel ?

Notons que ce sont les victimes qui ont soulevé le problème du harcèlement. Dans le cadre du développement, apprenons à écouter les récits de vie de nos partenaires, par exemple ceux du CCFD (670 partenaires dont plusieurs dans des régions touchées par les inondations,la désertification…). Ecoutons leurs difficultés, leurs souffrances, mais découvrons aussi leurs réalisations. Au Laos, un village a survécu en développant les richesses pharmacologiques de la forêt. En Guinée, de nombreux enfants mouraient de faim au moment de la « soudure ». Un agronome français a aidé à adapter une pomme de terre, « la belle de Guinée » qui a nourri 2 millions de personnes. Mais depuis 5 ans, la sécheresse est telle que cette pomme de terre ne pousse plus. Toutes ces réalisations sont le plus souvent silencieuses. Elles ont été rendues possible grâce au partenariat . Elles montrent que les pauvres « ont des idées » et que c’est ensemble que nous pouvons inventer des solutions.

 Notes d’Anne Plauchu



N°871 Semaine du  13 au 20 décembre 2017

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°871 au format PDF :2017 – 871