CAHIER D’ESPÉRANCE N°869 « Quand Michel Onfray dit n’importe quoi sur Jésus et sur le christianisme »

Si j’ai écrit récemment un livre intitulé «Monsieur Onfray au Pays des Mythes : réponses sur Jésus et le christianisme», c’est parce que les Éditions
Salvator me l’ont commandé. Une maison d’édition a des représentants qui connaissent les libraires, et les libraires sont au contact du public.
Les questions posées par les gens sur la possibilité d’une réponse à Décadence de Michel Onfray sont ainsi remontées chez Salvator, et Salvator m’a appelé, puisque je suis historien du christianisme antique, à relever le défi.

Quand j’ai lu Décadence, je n’en croyais pas mes yeux. Comme je suis très loin de sous-estimer Michel Onfray, j’ai été stupéfait qu’un auteur talentueux puisse dire tant de bêtises sur Jésus, sur saint Paul, sur les chrétiens des premiers siècles. Alors je lui ai répondu point par point, patiemment, dans les sept chapitres de mon ouvrage.

Non, Jésus n’est pas un mythe. Aucun historien digne de ce nom ne doute aujourd’hui de son existence. Non, saint Paul n’a jamais usé de violence contre les païens ni contre les juifs. Non, l’antisémitisme des nazis ne découle pas du christianisme. Non, les Pères de l’Église,ces penseurs chrétiens des premiers siècles, ne manquent pas de valeur intellectuelle. Non, le péché originel ne consiste pas en une affaire de sexe. Non, le christianisme n’est pas une école de violence. Et il n’est pas non plus une machine à prendre le pouvoir.

Tels sont les thèmes que je traite dans mon livre et sur lesquels c’est avec joie que, le 30 novembre, à 12h45, je répondrai à vos questions.

        Jean-Marie Salamito

Professeur à l’université Paris-Sorbonne



 

CONFERENCE

Le 15 juin 2017, Jean-Paul LANNEGRACE nous a présenté son livre

« Trouver son identité profonde avec les penseurs chrétiens »

(2°Partie suite et fin)

L’ŒUVRE DE DIEU

Dans la vie courante, nous sommes responsables du maintien de la présence de Dieu dans le monde.Etty Hillesum ajoute : « Nous sommes responsables que notre cœur soit pour lui un refuge. »

Selon la prière d’un anonyme rhénan: « Christ n’a plus de voix, il n’a que notre voix, Christ n’a plus de mains,il n’a que nos mains… »

A nous de prolonger l’incarnation du Christ, sa vie sur terre, en particulier dans le service du pauvre.Pour Saint-Jean Chrysostome : « La prière du chrétien, c’est l’aumône,  son autel, c’est le corps du pauvre. » C’est une réalité essentielle dans le christianisme, le Christ souffre avec les pauvres (les malades, les persécutés…) et nous invite à le rejoindre auprès d’eux. « La gloire silencieuse et discrète des pauvres,c’est non seulement de nous initier à faire corps avec l’humanité souffrante, mais c’est aussi de nous rappeler la souffrance de Dieu, exprimée par les psaumes, et de nous inviter à mêler nos cris à l’immensité du sien. » Michel Cool.

CONTEMPLATION ET ACTION

Pour Sainte Thérèse d’Avila, la contemplation est au service de la vie active et celle-ci mène aussi à l’union à Dieu :

« L’action de Dieu dans mon âme n’a d’autre but que de conforter sa coopération à l’œuvre de Dieu dans le monde. » Elle s’étonne également de rencontrer une personne qui n’a mené qu’une vie active et qui se trouve au même stade d’union à Dieu qu’elle…

Avant de citer des images qui disent le moi profond mieux que des phrases, JP Lannegrace évoque une image qui lui est chère : « Ce que j’ai toujours gardé à l’esprit dans cette recherche, c’est l’opposition entre les visages de Bouddhas recueillis dans leur être intérieur et ceux des saints des porches de nos cathédrales irradiant la joie et l’amour de Dieu vers leurs frères humains : ils ne sont que transparence à Dieu pour les autres. Cette transparence est l’œuvre de leur vie. Ils ne contemplent pas leur être profond mais ils en naissent. »

IMAGES DU MOI PROFOND inconscient et transcendant 

Des images disent le moi profond mieux que des phrases (Pages 78 et suivantes)

– Image du roc chez Paul Ricœur : « le soi agissant est enraciné sur un fond d’être puissant et effectif » roc éternel sur la base duquel nous dialoguons avec Dieu.

– Pour Zundel, le moi profond est comparable à un vitrail transparent qui transmet la vie de Dieu et la coloration du vitrail exprime  notre individualité.

– Pour François Cheng, c’est l’image de  la lune, dans «De l’âme», qui reçoit sa lumière d’un autre et la transmet aux autres, en l’adoucissant.

– Dans l’Evangile, c’est l’image de la  source d’eau vive qui est proposée  à la Samaritaine.

– Pour désigner le moi profond, l’image du feu revient souvent : Dans l’Ancien Testament, le Buisson Ardent brûle sans se consumer. « Je vais me consumant tout entier » dit Jean de la Croix. Et les Pèlerins d’Emmaüs de s’interroger : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant ? »

– Le moi profond est terre féconde dans laquelle grandit chaque jour le Royaume de Dieu.

– Autre image fréquente, celle d’un  vase vide  prêt à recevoir la vie de Dieu (on la trouve chez Edith Stein ou dans la Prière de Marie Noël citée à la fin du livre)

Etty Hillesum, quant à elle,  ne parle pas de vase, mais de puits :

« Un puits très profond  est en moi et Dieu est dans ce puits. Parfois j’arrive à le rejoindre, mais souvent, je dois désensabler le puits.»

– Kierkegaard évoque un lac d’innocence qui s’alimente à une source cachée.

– JP Lannegrace propose une dernière image : l’« l’Upper room » du Gospel est aussi le moi profond de celui qui chante et pas seulement le Cénacle.

Prière de Marie Noël :

« Mon Dieu, source sans fond de la douceur humaine, je laisse en m’endormant, couler mon cœur en vous. Comme un vase tombé au fond de la fontaine et que vous remplissez de Vous-même,sans nous. »

Questions, remarques et compléments 

Remarque d’un auditeur :

– Vous avez peu parlé de la vocation.

Voici deux repères de la vocation :

Viktor Frankl : « Je ne demandais plus ce que j’attendais de la vie, mais ce que la vie attendait de moi. »

Claude Geffré (Théologien) : « Il faut être prêt à tous les sacrifices, à toutes les générosités, mais être fidèle aussi à soi-même, puisque c’est être fidèle à sa vérité et au nom qui se trouve inscrit quelque part en nous par Dieu. » 

Remarques de Philippe d’Iribarne

On peut échapper à toutes les illusions de construction de soi propres à la mouvance du développement personnel. Les autres nous apportent Dieu. Plus que nous ne pouvons le découvrir nous-mêmes.

– Oui, nous sommes une part du mystère de Dieu offerte aux autres. Notre moi profond est pour les autres.  « Toute rencontre vraie se fait en Dieu » Maurice Zundel

Notes d’Anne Plauchu



EXPOSITION

   INSTANTCIEL – 365 ciels

Depuis septembre 2013, chaque jour, je peins le ciel vu de ma fenêtre.
Ce rendez-vous privilégié de la journée est une contemplation joyeuse et légère de ce qui m’est donné à voir: accueillir et esquisser ces instants mouvants, fluides et éphémères.

Quelle que soit la couleur du ciel, la monotonie des jours d’hiver, je dessine et doucement, je me laisse enseigner dans ce voyage immobile. Répéter un même sujet tous les jours, dans la durée, agit et transforme le travail et l’artiste: mon regard s’ouvre et l’observation s’affine. Au fil de ce travail quasi monacal, ce qui se creuse, c’est l’émerveillement. Et la contemplation du ciel se transforme en une immense gratitude face à la beauté du ciel qui est donnée.

Travailler en série, dessiner quotidiennement le ciel, c’est aussi marquer le temps, laisser une trace d’un instant de chaque jour. Et il est étrange de constater que la somme de ces instants éphémères s’intègre dans une histoire, un temps plus large qui me dépasse.

Scruter, chercher, questionner, cheminer…

Anne-Christine Dura




N°869 Semaine du  29 novembre au 6 décembre 2017

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°869 au format PDF : 2017 – 869