CAHIER D’ESPÉRANCE N°868 « Chemin faisant « 

Nous recevons aujourd’hui, mercredi 22, 18 prêtres de différentes régions de France de la nouvelle session de formation

« Chemins d’humanité »

Voici bien une formule qui me plaît particulièrement dans l’Evangile. Cette formule nous dit d’abord que le Fils de l’homme a foulé notre terre bien humaine. Il s’est incarné dans le temps et l’espace. Il a été l’un des nôtres et par là-même, nous est dit quelque chose de notre propre humanité. Celle-ci est déjà une œuvre de Dieu. Notre humanité incarnée avec ses joies et ses limites est digne de Dieu puisque le Fils lui-même est venu
la partager.

Avons-nous déjà pris le temps de rendre grâce pour notre Humanité ?

Chemin faisant, Jésus enseigne, guérit, compatit, sauve. Il ne le fait pas du haut d’une chaire, ni dans un lieu privé. Il le fait au vu et au su de tout le monde… au bord du chemin souvent. Essaye-t-il de nous dire que le bien de Dieu est pour tous ? Que rien ne justifie d’attendre pour faire du bien ? L’Evangile du jugement dernier nous pousserait dans cette voie… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40)   

Chemin faisant, l’Evangile poursuit aujourd’hui sa route à travers nous. Nous pouvons passer à côté, ne rien voir, ne se laisser émouvoir en rien mais est-ce là un chemin de Vie ?

En novembre 2016, nous avons eu la joie de partager avec vous une célébration. Nous étions un groupe de prêtres venus de toute la France dans le cadre d’un parcours nommé Chemins d’humanité. Nous nous retrouvons 6 semaines sur 2 ans pour ouvrir nos yeux, pour écouter et entendre, pour découvrir et voir, le monde de l’entreprise. Il nous serait facile de passer à côté de cette réalité. Nos chemins pourraient ne pas avoir de points communs et pourtant, dans la richesse de l’aventure humaine, des prêtres découvrent que, chemin faisant, avec des entrepreneurs, des financiers, des aventuriers d’aujourd’hui, nous avons tant en commun. Oser, proposer, partager une vision, relever des défis, tomber, se relever, craindre et se réjouir, tout cela est la terre des hommes mais également déjà le lieu de Dieu.

Et si chemin faisant, nous essayions de faire

« un Chemin d’Humanité » ?

Père Christophe Lamm

Diocèse de Strasbourg


CONFERENCE

Le 15 juin 2017,Jean-Paul LANNEGRACE nous a présenté son livre

« Trouver son identité profonde avec les penseurs chrétiens »

( 1ère partie)

Le 15 juin dernier, à Notre Dame de Pentecôte,  Jean-Paul Lannegrace nous a présenté son livre « Trouver son identité profonde avec les penseurs chrétiens  », livre préfacé par Philippe d’Iribarne, et  dont Michèle Rain a assuré la relecture attentive. (Editions SALVATOR)

En couverture, la vocation de Saint Matthieu par Le Caravage, rappelle que moi profond, sens de la vie et vocation se rejoignent.

PRESENTATION GENERALE

Le questionnement de cet ouvrage est de savoir, tout d’abord, si la personne humaine existe, alors que les bouddhistes la considèrent comme une illusion.

Ensuite, cette personne subsiste-t-elle après la mort, ce que nient les incroyants ?

Et enfin, comment la  personne peut-elle atteindre son identité profonde : doit-elle entrer en elle-même, comme le préconisent les Sagesses orientales ou sortir d’elle-même, comme le proposent les Evangiles, c’est-à-dire aller vers Dieu et vers les autres, afin de naître de son identité profonde.

Les penseurs chrétiens et les mystiques sur les propos desquels l’auteur appuie sa réflexion, comprennent en particulier : le poète Rilke, les psychanalystes Viktor Frankl et Denis Vasse, les philosophes  Blaise Pascal, Gabriel Marcel, Nicolas Berdiaef, Paul Ricœur, Edith Stein, Emmanuel Housset, les théologiens  Saint Paul, Saint Augustin,  Benoît XVI, Maurice Zundel, puis, surtout, les mystiques Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Ruysbroeck et Angelus Silesius.

Le point de départ de l’ouvrage est psychologique puisqu’il s’agit de considérer, dans l’histoire de la vie humaine, l’émergence et le développement de la conscience de soi puis du moi profond. Sont ensuite énumérées les dix principales causes qui poussent l’homme à rechercher son identité (Chapitres 1 et 2).

Jean-Paul Lannegrace se place alors sur un plan philosophique, voire ontologique, pour tenter d’approcher les instances du psychisme que sont l’âme, le cœur, le moi profond. Il explique que ses manifestations montrent que le moi profond existe comme sous-jacent à toutes nos facultés (penser, vouloir, agir, ressentir, pour reprendre les expressions de Paul Ricoeur). Il convient alors de s’interroger sur la nature du moi profond (Chapitre 3).

Jean-Paul Lannegrace considère la constitution de la personne humaine, c’est-à-dire la manière dont elle se développe, s’unifie et se spécifie dans son unicité,  en assumant ses tendances antagonistes ou dualités, comme distance originaire et relation, ou encore temporalité et éternité, finitude et infini…(Chapitre 4).

Parole est ensuite donnée aux mystiques, afin de répondre à la question : que devient la personne humaine  dans son union à Dieu ?

Notons que, pour les chrétiens, le chemin de l’union à Dieu est d’abord dans la qualité de la vie quotidienne ordinaire.  (Chapitres 5 à 7)

Mais il y a un prix à payer pour être uni à Dieu. (Chapitre 8,). Le chapitre 9 rapporte enfin comment différents grands spirituels ont affronté leur propre mort.

Dans la conclusion de l’ouvrage, on retrouve ce qui constitue la thèse du livre : On ne trouve pas son moi profond en entrant en soi, mais en aimant les autres et Dieu : Dieu est alors en nous et nous fait naître de notre identité profonde.

Afin d’illustrer et de fonder son propos, Jean-Paul Lannegrace a choisi quelques citations, qu’il met en regard des chapitres de son livre. 

CHAPITRE 1  EMERGENCE DE LA CONSCIENCE DE SOI

Jean-Louis Chrétien s’interroge : « Le moi est-il découvert, construit ou reçu ? »

JP Lannegrace répond en distinguant trois étapes du développement humain : Pour l’enfant, l’image empirique du moi  se découvre. La personnalité de l’adolescent et de l’adulte se construit. Enfin au moment de la crise de milieu de vie, le moi profond est reçu.

A propos de l’ego, il est ce qui nous empêche d’être en relation avec notre moi profond et avec les autres, Denis Vasse le décrit comme « projection de l’image de soi sur la scène de l’imaginaire ; il  n’est ni ouverture, ni présence. »

CHAPITRE 2  DESIRS D’IDENTITE CHEZ L’HOMME

Ces désirs viennent d’insatisfactions, ou de façon plus positive, ils naissent d’un désir de vivre de la Vie de Dieu, désir de divinisation, ou d’un  désir d’être pleinement au monde,  désir d’incarnation. Ces deux désirs ne s’opposent qu’en apparence, car, dans la religion chrétienne, divinisation et incarnation se rejoignent et se confortent : « Dieu a tant aimé le monde… »

CHAPITRE 3 EXPRIMER CE QU’ EST LE MOI PROFOND

Pour Saint Augustin : « Tard je vous aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée ! Car vous étiez à l’intérieur de moi et moi à l’extérieur de moi ; vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous.Mais vous avez appelé, vous avez crié et vous êtes venu à bout de ma surdité. Vous m’avez touché et j’ai brûlé du désir de votre paix. »

Pour Thérèse d’Avila, le moi profond est  « cette demeure centrale que Dieu s’est réservée pour Lui-même et où Il peut inviter notre âme à sa Paix, tandis que notre esprit continue de lutter dans le monde. »

Pour désigner ce lieu spirituel aux profondeurs de notre être, comme réservoir d’aspirations, Viktor Frankl parle du « Dieu inconscient » et Maurice Zundel pense  que c’est « dans cet inconscient que les sacrements de l’Eglise agissent ». C’est un lieu d’authenticité, lieu de notre réponse à Dieu, de la prière. C’est la source de l’engagement, du don de soi et de la fidélité aux engagements pris.

La transcendance du moi profond transparait déjà dans le visage. Berdiaev écrivait que « le visage humain est ce qu’il y a de plus étonnant dans la vie cosmique, car il laisse apparaître un autre monde. »

CHAPITRE 4 DUALITES

Citons l’un des antagonismes constitutifs de la personne humaine.

La personne unit temporalité et éternité. Pour Angelus Sibelius : «  L’âme a deux yeux, l’un regarde dans le temps, l’autre est tourné vers l’éternité. L’œuvre de l’homme est de marcher les deux yeux ouverts, d’unir le temps et l’éternité. »

La personne incarne le monde de l’éternel dans celui du temps. Ainsi pour Viktor Frankl, revenu du camp de déportation : « Certes l’homme a inventé les chambres à gaz d’Auschwitz, mais c’est lui aussi qui y est entré la tête haute et avec une prière aux lèvres. » Le moi profond témoigne ainsi, dans le temps, de l’éternité dont il vit.

CHAPITRE 5 L’UNION A DIEU

Il s’agit du dernier état du parcours des mystiques.

On peut reprendre ce que Gabriel Marcel disait de l’amour : « L’amour place le sujet devant et dans l’aimé. » De même celui qui prie est devant et en Dieu et Dieu est devant et en lui. Dans l’union à Dieu, Ruysbroeck dit que  l’immersion de son esprit dans l’amour remplace la conscience de soi.

CHAPITRE 6 QUALITE DE LA VIE TEMPORELLE, CHEMIN CHRETIEN VERS DIEU

Notre chemin vers Dieu est la qualité de notre vie ordinaire. Et cette vie, Blaise Pascal nous montre que le Christ la vit avec nous : « Faire les petites choses comme si elles étaient grandes à cause de la majesté de Jésus-Christ qui les fait avec nous et les grandes comme aisées à cause de sa toute
puissance. »

A Suivre       Notes de Anne Plauchu






 N°868 Semaine du  22 au 29 novembre 2017

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°868 au format PDF : 2017 – 868