CAHIER D’ESPÉRANCE N°866 « Ne nous laisse pas entrer en tentation »

Le 3 décembre, premier Dimanche de l’Avent qui marque le début de l’année liturgique, le verset du Notre Père, en usage depuis 1966 :

« Ne nous soumets pas à la tentation » devient :

« Ne nous laisse pas entrer en tentation »

La tentation n’est pas une théorie, c’est un fait concret au cœur de l’expérience humaine dès les origines. La traduction de ce verset,à l’arrière-plan sémitique, a toujours posé problème aux exégètes.Est-ce « tentation » ou « épreuve » ? S’agit-il de « ne pas succomber » ou simplement « d’entrer » ?

La traduction actuelle est souvent mal comprise des fidèles dont beaucoup ont le sentiment que Dieu pourrait nous soumettre à la tentation, nous éprouver en nous incitant au mal. Mais l’intelligence de la foi  indique que ce ne peut être le sens de cette demande. Dans la Lettre de Saint Jacques, (Jc 1,13), il est écrit clairement : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise:  « ma tentation vient de Dieu ». Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal et lui-même ne tente
personne. » 
Il paraissait donc important que la traduction, tout en respectant le sens du texte original, ne conduise pas à des fausses pistes.

Au sens étymologique, le mystère n’est pas ce qui est caché, mais ce qu’on n’a jamais fini d’approfondir et dont on ne peut épuiser le sens. Il est difficile d’exprimer avec nos mots le mystère de Dieu dans sa relation aux hommes et au monde marqué par la présence et la force du mal. Le récit de la tentation de Jésus rapporté par Marc, Matthieu et Luc nous y aide. Il prend place après le baptême de Jésus, manifesté comme le Messie, Celui sur qui repose l’Esprit. L’Esprit le conduit alors au désert , lieu de l’épreuve dans l’Ancien Testament, lieu du combat contre le mal dans l’Evangile. La tentation de Jésus nous renvoie à l’épreuve de la lutte à mener contre celui qui veut détourner les hommes de la relation d’obéissance et d’amour envers Dieu leur Père.

La nouvelle traduction permet d’écarter l’idée que Dieu lui-même pourrait nous soumettre à la tentation. Le verbe «entrer » reprend au terme grec l’image d ’un mouvement, comme on va au combat, au combat spirituel. Cette épreuve de la tentation que le Christ a connue est encore plus redoutable pour son disciple qui demande alors pour lui-même et pour ses frères en humanité : 

« Ne nous laisse pas entrer en tentation »

Ces quelques mots nouveaux dans « l’oraison dominicale », le Notre Père, sont l’occasion de s’approprier plus encore cette prière simple, quotidienne et accessible.

Michèle Rain

D’après le dossier « Notre Père » de la Conférence des Evêques de France – Octobre 2017


 


 

 

 

 

 


 N°866 Semaine du 8 au 15 novembre 2017

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