CAHIER D’ESPÉRANCE N°847: 6ème Conférence de Carême « Habiter en confiance»

 Témoignage du Rocher Oasis des Cités

Il y a 17 ans, Le Rocher Oasis des Cités, association catholique d’éducation populaire, a fait le pari du « vivre avec », en envoyant ses salariés et ses volontaires s’installer au cœur des quartiers urbains en difficulté. Son objectif : répondre
à l’appel de Jean-Paul II à bâtir la « civilisation de l’amour ».

Le Rocher s’est d’abord implanté à Bondy nord en Seine-Saint-Denis, puis s’est étendu à six autres cités sensibles en France
métropolitaine : Paris 10ème ; Les Mureaux-Vigne blanche ; Grenoble-Mistral ; Marseille nord ; Toulon La Beaucaire et Toulon Sainte-Musse.

La présence des membres du Rocher en tant qu’« habitants » leur permet de tisser rapidement des liens de confiance avec
les jeunes et les familles. Elle facilite leur présence dans la rue, à travers des animations en pied d’immeuble avec les enfants
et des tournées de halls en soirée auprès des « grands jeunes », afin de toucher notamment ceux qui se sentent les plus exclus,  qui ont perdu l’estime d’eux-mêmes et les aider à prendre un nouveau départ.

Le Rocher dispose aussi de locaux d’accueil, mis à disposition par les paroisses, pour y mener des actions éducatives, sociales
et culturelles en direction des enfants, jeunes et adultes, avec une place prioritaire toujours donnée aux parents, afin qu’ils  se sentent encouragés et soutenus dans leur rôle de premiers éducateurs.

Habiter en cité en étant en mission au Rocher revêt aussi certains défis, car la confrontation avec la grande pauvreté, le trafic de drogue, le chômage, les incivilités y est quasi quotidienne. Mais notre conviction est bien qu’il n’y a pas de fatalité et que l’essentiel est de mettre en pratique la devise du Rocher « Oser la rencontre, choisir l’espérance ! ».

Christine Fisset

Responsable des relations  institutionnelles  à l’Association le Rocher


1ère CONFERENCE DE CAREME :  QUELLE ESPERANCE POUR NOTRE PAYS ?

par le Père François BOEDEC
                       Directeur du Centre Sèvres (Faculté jésuite de Paris) le jeudi 2 mars 2017                                                             

Le Père Boëdec nous invite à penser la dimension politique de nos existences, à partir d’une lecture du texte publié par le Conseil Permanent des Evêques de France en octobre 2016 et intitulé :

                                 « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ? »

TEXTES ANTERIEURS DE L’EGLISE DE FRANCE CONSACRES A LA POLITIQUE

1972  Politique, Eglise et Foi, pour une pratique chrétienne de la politique

Ce texte reconnaît la pluralité politique dans le catholicisme.

1991  Politique : l’affaire de tous par la Commission Sociale des Evêques de France,soucieux de la désaffection des Français envers la politique

1999  Et dans son prolongement : Réhabiliter la politique

Le chrétien est invité à s’engager pour défendre la dignité humaine, protéger l’étranger, œuvrer en faveur de la Justice, pour les plus pauvres, pour le respect de la Création…

2016  En juin  : « 2017, année électorale, quelques éléments de réflexion »

En octobre : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ? »  texte plus développé qui dépasse le contexte des élections présidentielles et qui fait l’objet de notre conférence .

CARACTERISTIQUES DU TEXTE D’OCTOBRE 2016

La réflexion porte sur la quête de sens qui devrait être première par rapport à l’exercice de la politique. Les évêques veulent refonder le politique et sont fidèles à « Deus caritas est » de Benoît XVI qui affirme : « Le chrétien ne peut ni ne doit rester à l’écart de la lutte pour la Justice. » Il convient de « réveiller les forces spirituelles », pour reprendre l’expression des Evêques.

Les 9 premiers chapitres proposent un regard lucide sur la situation de la France aujourd’hui :

Retrouver le politique – Une société en tension – Un contrat social à repenser…

Après ces nombreux constats, le 10ème chapitre s’intitule « Un pays en attente, riche de tant de possibles ». Viennent ensuite des questions pour échanger en groupes.

Ce texte s’adresse à « tous les habitants de notre pays » de manière à parler à tous pour que tous se parlent. Il se veut accessible au plus grand nombre. Il interpelle les médias et les réseaux sociaux  qui jouent aujourd’hui un rôle considérable dans l’espace public. En face, chacun est invité à s’interroger sur son degré de liberté dans ce contexte.

Quelles sont les principales affirmations de ce texte ?

Le premier constat général consiste à montrer que le pays va mal. La société est à fleur de peau, elle méconnait ses racines et son héritage chrétien. De plus, les Français déplorent la « judiciarisation » de la société, ils sont déçus pas l’Etat-Providence. Nombreux sont ceux qui souffrent du chômage, voire de l’exclusion. Quant à l’intégration, elle est également problématique.

Dans ce contexte, il est urgent de retisser du lien social et de réapprendre à se parler.

Affirmation de la nécessité absolue du politique qui précède la politique (fonctionnement pratique de la Cité) et ne s ‘y résume pas. Le « nous » dépasse les particularités, c’est pourquoi la recherche de l’intérêt général et du bien commun restent essentielles.

Importance de la parole.

On assiste à une crise de la parole, elle est pervertie, disqualifiée, confisquée, alors que le débat doit être un espace d’exercice de la responsabilité politique. Il faut donc « re-légitimer la parole publique ».

Le sens semble avoir déserté le débat politique. Il est question d’économie et de finances, mais on ne se pose pas la question du pourquoi. Or le sens de l’engagement politique est de « se réaliser comme personne au sein d’une communauté de personnes. » L’absence de la question du sens renvoie au lien que le Pape François établit entre la crise sociale, la crise écologique et la crise spirituelle.

En politique, le compromis, souvent considéré comme une solution insatisfaisante, porteur d’un nouvel affront, a besoin d’être réhabilité. En effet, la politique n’est « pas une confrontation des vérités, mais une recherche ensemble en vérité », écrivent les Evêques.

Le compromis n’est pas la compromission mais un fruit du débat. Les conditions d’un vrai débat : parler de manière à ce que le dialogue ne soit pas fermé, s’exprimer clairement, manifester sa liberté intérieure, tout en respectant ses interlocuteurs. Nous devons faire preuve, à l’égard d’autrui, de cette patiente confiance que Dieu a pour l’homme.

La laïcité, qui règle depuis des décennies les relations entre l’Eglise et la société française, s’est durcie depuis vingt ans. René Rémond en faisait déjà le constat dans Le christianisme en accusation en 2000. Aujourd’hui la place de l’Islam dans la société serait de nature à remettre en question la laïcité vécue dans notre pays .

DIMENSION POLITIQUE DE NOTRE EXISTENCE ET DISCERNEMENT

Le Carême est bien l’occasion de regarder, avec Dieu, où nous en sommes dans nos vies et  notamment de nous demander si nous n’avons pas déserté le champ de la politique…

 – Comment je me situe dans la communauté ?

 – Comment est ce que je vois l’avenir de mon pays ?

 – Quels sentiments m’habitent à la pensée de la vie politique ? (Il y a une dimension affective, voire passionnelle dans ce domaine.)

 – Comment j’ordonne mes idées et je pose des choix électoraux ? (Les traditions familiales ont leur  poids).

 – Est ce que je connais vraiment les programmes et qu’est ce qui me paraît prioritaire ?

 – Quelle est la personnalité des candidats ?

Ces questions sont à envisager avec Dieu et avec les autres. Elles font l’objet d’un discernement qui consiste à faire venir à la lumière ce qui est caché, pour faire la volonté de Dieu. Discerner pour choisir et choisir avec le Christ, à la lumière de l’Evangile.

Le croyant doit porter ses réflexions dans la prière et choisir en conscience. « La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est avec Dieu». (Encyclique Gaudium et spes).

Comment éclairer la conscience ?

Par la prière, les Ecritures, la vie sacramentelle, pour entretenir une foi vivante, la connaissance du Magistère de l’Eglise, le partage en communauté chrétienne, mais aussi dans des groupes plus larges pour éviter « l’entre-soi ».  L’engagement et le dialogue sont toujours affaire de courage.

Mais n’oublions pas enfin que dans la tradition chrétienne, nous sommes membres d’un peuple et que l’Espérance chrétienne est collective.

QUELQUES ENJEUX ACTUELS

Le contexte actuel est double, certes il y a une désaffection des citoyens face à la politique mais elle n’est pas le signe d’un individualisme, car les Français témoignent d’une vive générosité.

Quand l’homme politique dérive vers des intérêts particuliers, il perd le sens du bien commun. Les citoyens ne font plus confiance. On assiste à une baisse de la participation aux élections. Il y aurait tout un travail à faire pour reconstruire la confiance.

Un cadre juridique trop contraignant est également décourageant pour tous ceux qui seraient prêts à prendre des initiatives. Les obligations juridiques seraient donc à repenser.

L’heure de la mondialisation est aussi l’heure de la diversité, mais cette pluralité ne donne pas naissance à une société pluraliste. La société souffre aujourd’hui de la perte d’une mémoire collective.

Les Evêques de France constatent, dans ce texte, que la France va mal. Toutefois le politique, qui repose sur la recherche de l’intérêt général, doit être le lieu de la recherche du sens, en amont de ce qu’est la politique elle-même. Dans ce champ, une parole restaurée est la condition d’un débat véritable, à la recherche d’un compromis qui ne soit pas compromission.

Le Carême est pour nous un temps de discernement notamment à partir de la question de la dimension politique de nos existences. C’est en conscience et dans la prière que le croyant pose des choix. Au cœur de cet espace politique, nous reconnaissons le modèle du Christ, libre de tout pouvoir et qui se donne à travers sa mort et sa résurrection .

Notes de Anne Plauchu


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N°847 Semaine du 5 au 19 avril 2017

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