CAHIER D’ESPÉRANCE N°838: « Bonne année à vous qui travaillez à la Défense! »

Bonne année…!  Il est d’usage de pouvoir la souhaiter jusqu’à la fin du mois de janvier.

Cela peut paraître étonnant mais pas tant que cela, tant il est vrai que la vie professionnelle occupe une part importante de notre vie.Et pas uniquement en terme de temps mais de relation, d’énergie et d’intelligence dépensées.

Ceux qui sont privés d’emploi le savent en vivant souvent un grand manque qui n’est pas uniquement pécuniaire.

Donc bonne Année dans votre vie professionnelle, lieu de vie, de sociabilité, de créativité, de relation, de mise en œuvre de son intelligence ; mais aussi de témoignage de sa foi, lieu de proposition des activités d’Eglise, lieu d’amitiés fortes…

Lieu de blessures, de frustrations, de combats, de discussions, d’entraides, d’injustices et de solidarités, de participation à la vie d’équipe : équipes syndicales, amicales, sportives ou artistiques… ou équipe de ND de Pentecôte !

Bref … un des lieux ihttp://www.esperancebanlieues.org/mportants de votre vie… passez-y une bonne année, tous nos vœux vous accompagnent.  Soyez assurés et fortifiés.

Bonne année pour vos trajets. La manière dont on les choisit révèle notre capacité de jugement et notre liberté de choix : voiture, co-voiturage, transport en commun, vélo, marche à pied ? A-t-on tout essayé ? La manière dont on les vit, révèle notre bonne santé spirituelle : résignation, occasion de regarder autour de soi, de méditer, de prier, de lire, de rencontrer ?

Bonne année à vos collègues, supérieurs et subordonnés : c’est avec eux que vous êtes en relation, avec eux que vous pouvez exercer les conseils évangéliques : ne pas faire à autrui, ce que vous ne voudriez pas qu’il vous fasse ; ne pas faire de différence entre les personnes, être artisan de paix, les regarder comme le Père les regarde…Vous pouvez les porter dans votre prière, ne les oubliez pas.

Bonne année pour vos décisions, grandes et petites. C’est ainsi que l’on fait avancer la justice et le droit et qu’alors on participe à l’œuvre de Dieu.

C’est là aussi que l’Esprit Saint manifeste sa présence en nous, ne l’oubliez pas !

Bonne année pour votre entreprise… en souhaitant qu’elle œuvre pour le bien commun, que les décisions qui y sont prises le soient pour le bien de tout Homme et de tous les Hommes.

C’est ainsi que l’économie et le monde du travail trouvent leur finalité réelle, œuvrez pour cela ! Et si, ce n’était pas le cas, demandez à l’Esprit que faire ? Que faire avec d’autres ?

Bonne année pour l’Esplanade !

Superbe réalisation urbaine et architecturale où se côtoient les fortunes, les décisions macro économiques, la consommation, la sur-consommation, les événements commerciaux ou de solidarité, la grande pauvreté avec ceux qui vivent dans la rue ou dans les sous-sols. L’Esplanade où les gens se croisent, parfois se rencontrent, se retrouvent,…

Et en son cœur, ND de Pentecôte ! Pour ne pas oublier que ce monde est aimé de Dieu,
qu’Il y désire la justice et qu’Il veut y mettre sa Promesse d’Eternité, sa Présence de Bonté et de Vérité.

Bonne année, vivons la !

Père Alain Lotodé

Recteur de Notre Dame de Pentecôte


esperance-banlieu
« Un projet nouveau pour l’école en banlieue »

 ESPERANCE BANLIEUES

Conférence d’Eric Mestrallet  le 1er décembre 2016 à NDP

En nous présentant son livre « Espérance Banlieues * », Eric Mestrallet qui est par ailleurs chef d’entreprise dans le conseil, a tout de suite décrit ce nouveau modèle d’école capable de répondre aux nombreux défis éducatifs des banlieues. Leur but : mieux lutter contre l’échec scolaire
et les tensions communautaires.

Avec un effectif de 150 élèves du CP à la 3ème, de petites équipes de professeurs motivés, elles constituent une sorte de famille, presque d’écrin.  Huit ont vu le jour maintenant : 2012 – Montfermeil (Seine St Denis); 2014 – Marseille; 2015 – Asnières Nord  et  Roubaix;  2016 – Lyon – St Etienne
Sartrouville, …Une trentaine de dossiers sont à l’étude. Nous avons environ  17 élèves par classe.

Les professeurs sont choisis par chaque directeur. On leur demande d’être des éducateurs motivés avec déjà une expérience avec des enfants, d’avoir une spécialité qu’ils aiment enseigner, de savoir travailler en équipe et d’être ouverts à la diversité des cultures et donc des comportements.

L’une des richesses de notre  type d’école, c’est la place importante donnée aux parents dans le projet éducatif. « Et les parents qui sont majoritairement musulmans, ne veulent ni d’une école laïciste ni d’une école rattachée à la mosquée. » Si les parents refusent de participer, on ne peut prendre leur enfant.
Les contacts avec les professeurs sont presque quotidiens. Par SMS ou au cours de rencontres. Ainsi, quand un élève est puni, ce sont les parents qui lui remettent la punition. De même pour les récompenses.

Au cours de la remise des uniformes, il faut voir la joie des parents (majoritairement musulmans)  devant la réussite de leurs enfants. Et l’uniforme porté qui lutte contre les effets de mode (et son gaspillage financier) , permet une séparation marquée garçons – filles, ce qui plait aux familles musulmanes.

Les lieux d’implantation, en banlieue, sont des endroits à multiples problèmes. Comment tous ces jeunes remplissent-ils leur identité française ? De passage au bled, en vacances, ils ne savent plus qui ils sont. Apprendre les codes pour ne pas entrer dans la vie à reculons, comprendre l’héritage, l’histoire est primordial. Si on n’insiste pas sur les fondamentaux, la frustration venant de l’incompréhension, la jalousie devant ceux qui sont en avance, sont vite là. Et la violence. Puis la dérive qui trouve ailleurs des propagateurs. Eviter de faire des « décrocheurs », ce qui touche environ 10% d’une classe d’âge. (de 120 000 à 150 000 élèves… ), c’est ce vers quoi nous travaillons.

*  – Livre écrit avec le journaliste Harry Roselmack, aux éditions du Rocher. 

   – Eric Mestrallet est président de la fondation « Espérance Banlieues » qui participe au financement de ces écoles. (www.esperancebanlieues.org)

« S’instruire pour servir – Nous sommes là pour apporter une solution non idéologique »
« Mais nous sommes intransigeants sur l’égalité hommes/femmes. » « Sur d’autres points,  il faut être extrêmement délicat : Par exemple, nous n’avons pas de cantine, chacun apportant son repas. Ce qui évite bien des discussions. Par contre,  professeurs et élèves mangent ensemble : le repas est convivial. »

Notre but : que nos élèves fassent des choix libres après la troisième et au besoin avec un déplacement géographique pour la suite de leur scolarité qui peut être générale ou technique. Tout ne se réduit pas à l’univers de la tour… !

Mais l’école crée vite du lien. Ainsi, à l’inauguration de celle de Pierre Bénite (banlieue Lyonnaise), étaient présents le député, le maire, des chefs d’entreprise, un représentant du diocèse, l’équipe des professeurs et de nombreux parents. « Je sens que les tensions diminuent » nous a dit un maire.  Mais nous restons pragmatiques face aux problèmes nouveaux qui peuvent se poser.

De très nombreuses questions ont suivi cet exposé. En voici quelques unes avec de brèves réponses.

Q : Vous êtes entrepreneur, quel est votre modèle économique pour ces écoles ?

R : La scolarité coûte de 4000 à 6000 euros. Les parents payent environ 15 % soit 70 euros par mois. Nous bénéficions de plusieurs fonds publics tout en restant indépendant de l’Education Nationale.  Nous parlons avec les Maires, le ministère de la Ville,… Mais comme il y a un enjeu de formation des professeurs,  il y a un enjeu d’évaluation. Et l’outil d’évaluation qui porte sur l’éducation et sur l’impact municipal est fondamental.  (Pour attirer des fonds, il faut des résultats). Mais c’est une plus value pour les communes.

Q : Comment sont recrutés vos professeurs ?

R : Nous avons un vivier important.  Beaucoup de jeunes qui partaient à l’étranger veulent se rendre utiles près de chez eux. Et nous avons aussi de très nombreux bénévoles. Des jeunes X ou ESSEC veulent aussi nous aider.

Q : Vos liaisons avec l’Education Nationale ?

R : Cela ne m’intéresse pas d’être sous contrat. Je cherche à être libre de mes moyens. Mon approche n’est pas idéologique. L’innovation vient de l’adaptation. Bien souvent la « technostructure » bloque ce progrès. Mais nous travaillons avec les écoles publiques.

Nous sommes bien sur déclarés auprès du Rectorat.

Q : Comment évaluez-vous vos résultats ? Est-ce suffisant ?

R : Ce que nous cherchons, c’est que les enfants puissent faire un choix libre pour un futur travail. Et les parents qui accompagnent leurs enfants retrouvent le chemin des services de la mairie et donc une une certaine socialisation. Notre taux d’absentéisme est inférieur à la moyenne. Nous avons de meilleurs résultats au Brevet. Et, comme je l’ai dit plus haut, les maires reconnaissent le bien fondé de notre présence :  « Vous travaillez en profondeur » nous a redit l’un d’eux.

Q : Quel est l’intérêt des entreprises ?

R : Les Banlieues sont à la mode pour des raisons récentes évidentes. Les entreprises sont sensibles à un nouveau modèle d’école à créer. Une grande entreprise nous a dit : « Et si cela peut donner des idées à notre personnel en plus de l’aide financière que nous vous apportons. »

Q : Dans votre livre, vous insistez sur l’importance des Directeurs : quels sont leurs profils ?

R : C’est effectivement très important. Mais nous avons tous les profils. Leur choix conditionne la bonne entente des équipes et le bons sens devant les questions qui surgissent souvent de la part de parents qui ne parlent pas français à la maison. La proportion masculine est importante.
Dans les rencontres avec les parents , elle permet de redonner aux maris leur rôle de transmission. Ces écoles montrent aussi que créer du nouveau : « C’est possible ».

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www.esperancebanlieues.org

Notes de Jean-Paul Lannegrace et de Christian Vignalou

Note : Eric Mestrallet est président de la fondation « Espérance Banlieues » qui participe au financement de ces écoles.


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N°838 Semaine du 25 au janvier au 1 février 2017

Vous pouvez télécharger le Cahier d’Espérance N°838 au format PDF : 2017 – 838