CAHIER D’ESPÉRANCE N°837: « Les racines juives des Evangiles »

Les évangiles sont le fruit d’une une œuvre littéraire collective au carrefour des cultures juives et grecques. La bataille autour des dates de rédaction des évangiles ne considère, chez les spécialistes comme chez la plupart des chrétiens, que le travail final du dernier compilateur. En fait, trois couches littéraires sont décelables chez Marc, le plus simple et le plus précocement terminé des évangiles. Il en faut quatre pour rendre compte de Matthieu et de Luc et cinq pour l’évangile de Jean, dont la rédaction doit s’étager entre l’année 45 (le récit de la Passion) et les années 100 (le chapitre 21).

L’analyse des principales couches rédactionnelles constituant le texte final des évangiles, commence par l’étude de Marc.

Cet évangile est le plus court (661 versets). Il se limite à la vie publique de Jésus. Rien sur l’enfance ni sur le témoignage du ressuscité. Il porte les traces d’une ecclésiologie primitive : Jésus en conflit avec sa famille, ignore d’abord les étrangers. Pas de Notre Père enfin, ni de Béatitudes.

À l’opposé, ce même texte témoigne d’une synthèse de sources antérieures : deux multiplications des pains, deux traversées du lac en barque, deux séries de guérisons, deux prédications à la synagogue…

Plus précisément, c’est tout le récit évangélique qui est écrit deux fois : un récit primitif écrit pour les Juifs de Jérusalem, ayant été complété paragraphe par paragraphe par un enseignement grec plus tardif. Ces additifs grecs (plus de 80 chez Marc !), imprégnés de la prédication de Paul, sont également présents chez Matthieu et Luc.

Mais plus que les changements de vocabulaire, c’est l’évolution théologique qui est importante. Dans le récit primitif (250 versets), Jésus est un rabbi guérisseur qui renvoie les gens en paix après guérison. Il n’est venu que pour les brebis perdues d’Israël et n’adresse aucun appel à la conversion, si ce n’est celle du cœur. Il sera exclu de la communauté juive et tué pour blasphème selon la prédiction du Psaume 117 :‘’La pierre d’achoppement objet de scandale.’’

Dans le récit grec (410 versets chez Marc), Jésus enseigne ses disciples à l’écart, (tous ne sont pas admis). Il demande la conversion des malades et les sauve de la non-foi. La responsabilité de sa Passion, décrite comme injuste (parmi les pécheurs) et sanglante, incombe désormais tout autant aux païens qu’aux juifs. La responsabilité d’une minorité juive est universalisée à l’humanité toute entière. 

Au plan du rite eucharistique,la communauté de Jacques à Jérusalem, destinataire des versets primitifs,semble ne connaître que la seule bénédiction sur le pain. C’est le rite ‘’palestinien’’, transmis par Matthieu et Marc et confirmé par Luc avec le repas des disciples d’Emmaüs.

La double action de grâce sur le pain et sur le vin (rite ‘’antiochien’’) aurait été imposée par Paul lorsque Juifs et Grecs, oubliant les rites de table qui les séparaient, furent capables de célébrer ensemble le Repas du Seigneur.

Francis Lapierre ,  Diacre


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N°837  Semaine du 18 au 25 janvier 2017

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